La révolution citoyenne sera féministe ou ne sera pas ! Réponses de Danielle Simonnet aux questions du collectif Nous Toutes Paris Nord sur la lutte contre les violences sexistes et sexuelles.

La révolution citoyenne sera féministe ou ne sera pas ! Réponses de Danielle Simonnet aux questions du collectif Nous Toutes Paris Nord sur la lutte contre les violences sexistes et sexuelles.

  1. Est ce que la lutte contre les violences sexistes et sexuelles est intégrée à votre programme?

Evidemment. La lutte contre la domination patriarcale est centrale dans la bataille politique pour l’émancipation. En 2019, 149 femmes en France ont été victimes de féminicide. Paris n’échappe pas à cette terrible situation. Les femmes y sont victimes de violences (2 700 faits de violences conjugales par an enregistrés dans les commissariats parisiens), mais elles ont aussi des revenus inférieurs de 31% à ceux des hommes, et elles occupent 78% des emplois à temps partiel. Ces inégalités sont aussi une violence sociale subie par les femmes.

La question de la lutte contre le sexisme et les violences sexistes et sexuelles doit se penser sur l’ensemble des échelons de décisions politiques, y compris l’échelon municipal. A Paris, les femmes représentent 53% de la population et pourtant les politiques publiques sont souvents pensées sans elles. 

Il est nécessaire de penser l’ensemble des politiques de la ville (urbanisme, transports, logements, vie culturelle et sportive) avec et pour les femmes qui en sont les premières usagères, que ce soit sur des rôles décisionnels ou consultatifs.

Cette politique volontariste doit se faire avec l’ensemble des acteurs (ville, associations, citoyen·nes) et l’adjoint·e en charge de la lutte pour l’égalité femme/homme en sera la ou le garant·e.

L’urgence, c’est de permettre une prise en charge et un accompagnement immédiat et inconditionnel de toutes les femmes victimes de violences par la création d’un ou plusieurs centre(s) d’accompagnement global des femmes victimes de violence, gratuit et accessible en permanence 24h/24, 7j/7 à toutes les femmes, et assurant dans un même lieu un accompagnement médical, juridique, social, psychologique, d’accès aux droits, ainsi que des hébergements d’urgence. C’est ce qu’a proposé Danielle Simonnet à plusieurs reprises dans un voeu au Conseil de Paris lors de la précédente mandature, voeu qui a été adopté mais n’a pas été mis en oeuvre par la majorité sortante à ce jour. 

Il est également urgent de créer des places supplémentaires en hébergement d’urgence dès maintenant : nous n’attendrons pas que l’Etat se décide à co-financer maigrement des places supplémentaires en centre d’hébergement

Nous proposons également la mise en place d’un plan d’éducation contre le sexisme dès la petite enfance avec l’instauration de « labels non-violence » dans les institutions scolaires, la formation des professionnels du périscolaire et la mobilisation des acteurs de l’éducation populaire pour sensibiliser sur le sexisme en lien avec les associations féministes.

Pour lutter contre les violences, la première étape est d’avoir une connaissance objective de la situation et des violences subies : c’est pourquoi nous proposons d’augmenter de manière considérable les moyens alloués à l’observatoire parisien contre les violences faites aux femmes (qui a été créé en 2014 suite à un voeu de Danielle Simonnet), pour qu’il mène enfin des actions visibles, devienne un lieu ressource, et ne se contente plus d’un simple rapport annuel. 

Nous souhaitons également proposer un renforcement des moyens accordés à la protection de l’enfance qui permettra le contrôle des structures institutionnelles de la protection de l’enfance où se perpétuent violences et abus.

Nous souhaitons également poursuivre la mise en place de budgets genrés, afin d’assurer une distribution équitable des ressources entre les sexes, et la mise en place de règles d’urbanisme favorisant la lutte contre les violences sexistes et sexuelles et la possibilité ouverte à tou.tes d’accéder à l’espace public en tout égalité.

Enfin pour qu’un plan d’urgence à la hauteur des enjeux soit enfin lancé, nous continuerons de demander que le gouvernement dégage 1 milliard d’euro ! Alors que le gouvernement poursuit sa politique de restrictions budgétaires, nous portons l’ambition, et exigerons des moyens à la hauteur de cette exigence, de faire de Paris une ville féministe engagée dans la lutte contre la domination patriarcale.

  1. Quels sont les enjeux prioritaires que vous avez identifiés dans votre arrondissement concernant ces violences? 

Le 20e n’est pas épargné par les violences sexistes et sexuelles qui touchent tous les milieux sociaux. 

Mais dans les quartiers populaires, les femmes peuvent subir encore plus difficilement ces situations, du fait de la précarité de leur situation professionnelle et de leur situation par rapport au logement. 

Concernant l’aide aux victimes, les permanences du Point d’Accès au Droit de la mairie du XXème ne sont pas suffisantes. Il est impératif de développer des permanences dans les quartiers pour encourager la libération de la parole et permettre de façon réactive aux femmes de se sentir écoutées, entendues et protégées. 

Un maillage avec les centres sociaux, les associations locales, les structures plus institutionnelles (PAD) doit être encouragé et accompagné. 

Dans l’ensemble des lieux festifs nocturnes (notamment les bars), il y a un enjeu à former et sensibiliser les responsables et les usagers de ces lieux à la lutte contre les violences sexistes et sexuelles et à assurer un cadre safe.

Enfin, comme dans l’ensemble des arrondissement de Paris, l’espace public n’est pas adapté aux femmes et trop souvent pensé par ou pour les hommes. 

Dans le 20ème arrondissement se trouve le Centre IVG de Tenon qui est le seul centre public de l’arrondissement. Souvent menacé par les politiques de restrictions budgétaires du gouvernement, il est nécessaire d’augmenter ses moyens, qui sont aujourd’hui remis en cause, et d’assurer l’accès à l’ensemble des habitantes du 20ème et de l’Est parisien l’accès au droit à l’IVG. 

  1. Quelles sont les mesures concrètes que vous souhaitez mettre en place pour y répondre? 

La bataille valable à l’échelle nationale comme pour le 20e, c’est de faire en sorte que le conjoint violent soit évacué du domicile et néanmoins pris en charge. Pour autant, il faut également des places d’hébergement pour les femmes en nombre beaucoup plus important, et accessible sans délai lorsqu’une femme en exprime le besoin. 

A l’échelle de l’arrondissement, ce qui est déterminant, c’est que la délégation aux droits des femmes mobilise tous les acteurs institutionnels et associatifs pour créer une dynamique locale d’action qui ne se limite pas à la préparation des journées du 8 mars et du 25 novembre (éducation contre le sexisme, permanences d’accueil, d’écoute et d’accès aux droits, relai d’informations chez les bailleurs et sur la voie publique notamment sur les numéros d’urgence, ainsi que dans les bars et établissements culturels et festifs)

Les réseaux d’aide aux victimes ne permettent pas d’accueillir l’ensemble des personnes qui ont besoin d’y recourir. Il faut renforcer les permanences dans l’ensemble de l’arrondissement afin de les rendre accessible à toutes et tous.  

Pour améliorer la place des femmes dans l’espace public, il est nécessaire de le repenser complètement. Une des premières étapes est sa réappropriation et pour cela nous souhaitons le développement des marches exploratoires de femmes. Nous sommes très attachés aux terrains d’éducation physique en accès libre, hélas menacés par la Mairie au profit de gymnases fermés. Sur ces lieux, l’enjeu est de soutenir un travail associatif qui promeut un usage et des pratiques sportives partagées femmes-hommes. Les politiques sportives doivent être accompagnées d’une démarche volontariste pour permettre leur accessibilité aux femmes. 

Une des urgences est la lutte contre le harcèlement de rue qui touche l’ensemble des parisienne, pour cela la mairie doit initier des actions de sensibilisation et de lutte efficace. 

4. Dans le cas des violences faites aux femmes et de l’égalité de genre dans son ensemble, on le sait des formations adéquates sont fondamentales. Avez-vous prévu de mettre en place ce genre de formation, en particulier dans les écoles ou d’autres institutions susceptibles d’être confrontées à ces problématiques? 

Avec Décidons Paris, nous pensons évidemment que les formations sont essentielles à la lutte contre les violences faites aux femmes. La meilleure manière de lutter contre les violences sexistes est que chacun·e ait conscience des schémas de discrimination. 

En tant qu’employeuse, la Ville de Paris doit obliger ses agent.es à suivre des formations sur les violences sexistes dans le milieu du travail. Les sanctions doivent également être systématiques pour les personnes ayant commis ces actes de discrimination, quel que soit le niveau de responsabilité de la personne. L’impunité n’a pas sa place dans les espaces de pouvoir.

Elle doit également fournir des ressources à l’ensemble des structures qui dépendent de ses compétences. Les crèches, les écoles et les collèges sont par exemple des espaces socialisation et de construction des futur·es citoyen·nes de demain. Un plan d’éducation contre le sexisme doit être mis en place dès la petite enfance. Parce que les violences se situent souvent dans la cellule familiale, il est essentiel que l’ensemble des professionnel·les en contact avec ces publics (infirmier·es, animateurs et animatrices sur le temps périscolaire, etc) soient formé·es afin de déceler ces situations et qu’un accompagnement avec des spécialistes soit proposé aux victimes. 

Les structures sportives, institutionnelles et associatives, doivent aussi bénéficier de ces formations. Qu’il s’agisse de la lutte contre le sexisme, les LGBT-phobies ou le racisme, nous souhaitons conditionner l’octroi de subventions à des engagements concrets en ce sens.

5. Le confinement à pointé du doigt des problèmes, notamment en matière de précarité menstruelle. Envisagez-vous de mettre en place la gratuité des protections hygiéniques pour les femmes en situation de précarité ? 

Tout d’abord, nous souhaiterions que nationalement les protections hygiéniques soient gratuites pour toutes. 

Le premier engagement de la ville, c’est de les rendre gratuites dans tous les collèges. Des distributions de protections hygiéniques doivent être mise en place pour les femmes en situations de précarité. Des protections doivent être mises à disposition gratuitement dans l’ensemble des structures de la ville (espaces d’accueil, maison des habitants, mairie d’arrondissement, etc), mais également dans les rues, notamment à proximité des espaces sanitaires. 

Par ailleurs, il faut augmenter le nombre d’espace d’accueil avec accès à des sanitaires pour les femmes sans domicile fixe. Souvent victimes de violences, il faut leur offrir des espaces pour se poser, bénéficier d’un suivi social et d’un accompagnement dans l’obtention de leur droits. Il faut également augmenter le nombre d’espace d’hébergement afin de répondre aux besoins, et ce en engageant une mise à disposition du foncier et du bâti.

Le confinement a aggravé la précarité sociale de nombre de famille, et notamment des femmes. La dureté de la crise sociale risque de s’amplifier. Force est de constater que les dispositifs de l’Etat et de la Ville (aide alimentaire, produits d’hygiène) se sont avérés insuffisants. La solidarité citoyenne et associative est à saluer mais a besoin d’être renforcée et soutenue financièrement.

Chaque samedi, dans des quartiers différents du 20e, Décidons Paris organise des collecte de produits alimentaires et d’hygiène en lien avec des associations locales qui se chargent de la redistribution. Nous sommes conscient.es de l’urgence de la situation, notamment pour les femmes.

6. Pour rebondir sur l’actualité de ces derniers jours, quelle est votre position concernant les violences policières qui touchent directement ou indirectement les femmes, comme lors de la manifestation du 7 mars, ou encore lors du refus de dépôt de plainte de certains policiers. 

Je condamne l’ensemble des violences policières, qui touchent essentiellement les personnes discriminées. Une inspection des commissariats parisiens devient urgente pour lutter contre ces pratiques, comme l’a recommandé le défenseur des droits Jacques Toubon en avril 2019. 

Si la Ville de Paris possède peu de compétences sur ces enjeux, je souhaite que Paris devienne un territoire expérimental du récépissé daté, cosigné et justifié contre le contrôle au faciès.

Hélas, durant le mandat précédent, la majorité parisienne n’a pas souhaité soutenir nos alertes sur les pratiques discriminatoires des commissariats parisiens et sur les violences perpétuées dans le cadre des manifestations.

La liste de Décidons Paris est également la seule qui est opposée à la création d’une police municipale, pendant que d’autres candidat·es se prononcent en faveur et souhaite même la voir armée. 

Enfin, parce que ces violences policières n’ont pas lieu uniquement dans la rue pendant des manifestations, mais aussi lorsque des femmes vont porter pour des faits de violences sexuelles nous souhaitons que les commissariats parisiens soient formés à respecter leur obligations concernant l’accueil de femmes souhaitant déposer plainte pour des faits de violence qu’elles ont subi.

Dans le cadre des contrats locaux de sécurité, nous souhaitons que la lutte contre les violences sexistes et sexuelles soit un axe prioritaire.

7. Etes-vous féministe?

Oui je suis féministe, je le revendique et ceci a toujours fait partie intégrante de mon engagement politique.

En tant que militante politique, je me suis toujours engagées pour lutter contre le sexisme qui peut exister au sein de mon mouvement politique et je suis par ailleurs membre du Pôle de lutte contre les violences sexistes et sexuelles de la France insoumise. Dès la création du Parti de Gauche, dont je suis co-coordinatrice, la parité a été instituée à tous les échelons de responsabilité. Déjà lorsque j’étais adjointe à la jeunesse dans le 20e, j’ai animé des groupes de parole d’adolescentes contre le sexisme. En tant que Conseillère de Paris, j’ai accompagnée et soutenu des luttes locales. Notamment celle des habitantes du Palais de la Femme en demandant l’ouverture de  discussions  avec  l’association  gestionnaire  autour  du rétablissement de la non-mixité du lieu et en demandant à la ville de s’assurer du respect des droits des résidentes tout comme de l’ensemble des personnes hébergées à Paris. Je me suis impliquée aux côtés des luttes de femmes de chambre en situation de sous-traitance, j’ai soutenu le projet des femmes du quartier à monter leur restaurant traiteur associatif CIP20-Auberge citoyenne. Au niveau international, le combat féministe des femmes kurdes m’a également beaucoup inspiré.

C’est avec une politique féministe et ambitieuse que nous reprendrons le pouvoir sur notre ville et notre vie. La révolution citoyenne sera féministe ou ne sera pas !

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