Réponse de Décidons Paris / Danielle Simonnet aux questions de Greenpeace et La rue est à Nous.

Réponse de Décidons Paris / Danielle Simonnet aux questions de Greenpeace et La rue est à Nous.

Vous nous avez sollicité pour obtenir des précisions sur les engagements de notre liste, en matière de transports, sur la sortie des véhicules polluants, et plus largement sur le développement d’alternatives à la voiture pour lutter contre la pollution de l’air ainsi que l’accompagnement social à la transition.

Voici ci-dessous nos réponses à vos sollicitations. Pour en savoir plus sur nos propositions, vous pouvez consulter ici notre dernière publication sur le développement du vélo et de la marche pour lutter contre la propagation du virus.

➢ Qu’est-ce que la crise sanitaire change ou conforte dans vos engagements sur la réduction de la place de la voiture et la lutte contre la pollution de l’air à Paris ?

La crise sanitaire renforce plus que jamais notre détermination à lutter contre la pollution de l’air à Paris, en diminuant fortement la part des déplacements motorisés individuels : c’est-à-dire les voitures et les 2 roues motorisés. Plusieurs éléments nous confortent dans cette direction. Premièrement, il existe de fortes suspicions sur la pollution atmosphérique comme vecteur de transmission du Covid19 ainsi que comme facteur aggravant des cas de cette maladie. Deuxièmement, une étude récente du Conseil international sur le transport propre (ICCT) a montré que les deux-roues motorisés ont un impact disproportionné sur la pollution, malgré leur faible pourcentage dans les kilomètres parcourus. De plus, ce mode de déplacement est particulièrement accidentogène et la mairie a laissé le stationnement illégal sur les trottoirs se généraliser, ce qui se fait au détriment de la distanciation physique. Troisièmement, le confinement a montré qu’il est possible de lutter efficacement contre le bruit des moteurs (auquel les catégories populaires sont les plus exposées dans leurs logements) et contre les accidents de la route en diminuant le volume de trafic, et de reconquérir l’espace public pour les modes de déplacement actifs (marche, vélo…), meilleurs pour la santé et permettant la distanciation physique.

➢ Le confinement a montré qu’il est possible de diminuer l’espace public accordé aux véhicules motorisés, notamment via 50 km de pistes cyclables supplémentaires, l’élargissement des trottoirs et la création de nouvelles rues piétonnes. De plus, lors du déconfinement, des mesures de piétonisation aux abords des écoles ont été amorcées. Vous engagez vous à pérenniser ces dispositions ?

Nous nous engageons à pérenniser ces dispositions qui vont dans le bon sens (et qui émanent pour l’essentiel d’un gros travail associatif, que nous tenons à saluer ici), et à aller plus loin. Il faut en effet étendre les zones piétonnes et élargir les trottoirs, à la fois pour permettre de meilleures conditions de déplacement des piétons et des personnes à mobilité réduite, mais aussi pour retrouver ces espaces de vie sociale et de nature qui nous manquent tant à Paris et que nos rues ne soient plus uniquement considérées comme des tuyaux à voitures ou des parkings à ciel ouvert. Il est également essentiel de diversifier les secteurs pour que ces zones piétonisées et ces pistes cyclables nouvelles soient présentes dans tous les quartiers, et notamment les quartiers populaires, et pas seulement dans les quartiers du centre de Paris ou quartiers touristiques. C’est pourquoi nous proposons d’organiser une large consultation des habitant.es afin de décider collectivement de la piétonisation de rues dans tous les quartier de Paris, comme c’est le cas à Barcelone. 

Les 50 kilomètres de pistes cyclables supplémentaires représentent à la fois un pas en avant pour assurer la sécurité des cyclistes et de résorber certaines discontinuités du réseau, mais c’est encore trop peu. Nous nous engageons à les pérenniser, modulo quelques ajustements techniques pour les endroits où les aménagements sont perfectibles pour améliorer le confort et la sécurité des déplacements à vélo (car c’est tout l’intérêt de l’urbanisme tactique).

➢ Nous souhaitons par ailleurs leur extension par la réduction du trafic routier et de la place dédiée à la voiture, par la création d’aires piétonnes, de zones de rencontre (qui n’interdit pas la voiture) permanentes, et ce notamment aux abords des écoles, la mise en place des mesures demandées par les collectifs vélo de “Vivez Paris, Votez Vélo”, telles que la mise en place du Vélopolitain, ainsi qu’une amélioration en maillage et en fréquence des transports en commun. Quelles sont vos propositions concrètes en ce sens ?

Le confinement devrait avoir permi, à celles et ceux qui n’en avaient pas encore conscience, que la majorité de celles et ceux qui font vivre Paris, n’habitent pas Paris. La bataille pour lutter contre la pollution atmosphérique et réduire l’envahissement de la voiture exige d’abord et avant tout de repenser l’aménagement du territoire pour réduire les distances domicile-travail. Nous défendons le droit métropolitain à la ville du quart d’heure. celles et ceux qui travaillent à Paris doivent pouvoir vivre dans Paris, grâce à une politique ambitieuse de réquisition des logements vides pour en faire des logements sociaux et un encadrement à la baisse des logements du parc privé. Il faut assumer également de rompre avec les politiques libérales dites “d’attractivité du territoire” et contribuer à relocaliser l’emploi dans les communes franciliennes qui en sont déficitaires. Notre projet métropolitain se fonde sur une coopération entre les territoires, en rupture avec les logiques de concurrence, d’attractivité qui conduisent à accélérer les logiques de spéculation et gentrification des coeurs des grandes métropoles. 

Avant d’aborder la question du vélo et des transports en commun, nous réaffirmons notre attachement à une hiérarchisation des modes de déplacement, privilégiant d’abord la marche à pied, puis le vélo, puis les transports en communs, puis l’autopartage et les taxis et seulement en fin de course le recours à la voiture individuelle, même électrique. 

Nous confirmons notre engagement à réaliser le réseau Vélopolitain, ainsi que les différentes mesures présentées dans le programme “Vivez Paris, Votez Vélo”. Parmi ces mesures, l’une de celles que nous mettrons en place très rapidement (cela aurait du être fait depuis longtemps compte tenu des énormes bénéfices qu’elle comporte pour casser le trafic de transit opportuniste) est la révision des plans de circulation car elle est très peu coûteuse et très simple à mettre en oeuvre. Nous soutenons évidemment la piétonisation des abords des écoles, car il s’agit d’un maillon important des boucles de déplacements qui favorisera le report des modes motorisés vers les modes actifs et aura de grands bénéfices pour la sécurité et la santé des enfants. La création d’aires piétonnes et le déploiement de nombreux stationnements vélo permettra de dynamiser les petits commerces qui ont souffert pendant le confinement et d’apaiser l’espace public. Nous proposons également de rendre payant le stationnement des deux-roues motorisés (ce qui aurait également dû être fait depuis longtemps), de lutter contre leur stationnement sauvage sur les trottoirs et de déployer des moyens de contrôle des bruits d’échappement.

Le maillage – plan des bus vient d’être changé il y a 1 an, il est néanmoins envisageable selon nous d’augmenter la fréquence des bus, idem pour les métros. Concernant le RER, la bataille à venir sera celle du dédoublement du RER B et l’abandon du Charles de Gaulle Express. Mais soyons toutes et tous conscients que la bataille pour l’amélioration des transports en commun est indissociable de la lutte contre la privatisation de la RATP. L’ensemble des associations écologiques devraient se joindre aux batailles syndicales et politiques sur ce dossier. 

➢ Le contexte économique, suite à la crise sanitaire, va être difficile pour une partie de la population et des entreprises. Comment comptez-vous adapter votre accompagnement à la mobilité des plus démuni.e.s en termes d’aide à la transition ? et à quelle hauteur financière ?

Nous proposons l’extension des aides à l’achat aux vélos normaux : il n’est pas normal que ces aides se concentrent sur les vélos à assistance électrique (ainsi que sur les voitures électriques), qui sont beaucoup plus chers et bénéficient donc aux classes les plus aisées. Nous proposons également qu’un vélo fabriqué en France soit offert à chaque jeune de 16 ans. Il est important de leur donner leur liberté quand ils et elles ont atteint leur taille adulte (pour que ce vélo dure) ainsi qu’au moment où ils/elles risquent de se tourner vers des modes de déplacement individuels motorisés (scooter). Nous proposons d’aller vers la gratuité des transports en commun pour tou·te·s : il s’agit d’un choix politique pour favoriser la capacité de toutes et tous à se déplacer, et notamment des jeunes et des catégories populaires. Pour cela, nous commencerons par étendre la gratuité aux jeunes jusqu’à 25 ans et à toutes les personnes dont le revenu est inférieur au SMIC, avant de l’étendre plus largement. De plus, ils sont déjà en partie subventionnés, mais le stationnement automobile est relativement peu cher et le stationnement des deux-roues motorisés est encore gratuit pour le moment. Il faut assumer d’affecter l’argent public aux modes de déplacement écologiques.

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