Un déconfinement de classe – Edito de Danielle Simonnet et Vikash Dhorasoo

Un déconfinement de classe – Edito de Danielle Simonnet et Vikash Dhorasoo

Macron sur son trône l’avait décrété : le déconfinement commence le 11 mai. Nous y sommes. Contre l’avis du conseil scientifique et de nombres d’épidémiologistes, modélisateurs et médecins, il commence par les écoles, officiellement pour “lutter contre le décrochage scolaire”. Un protocole lourd comme un bottin est censé garantir la sécurité des élèves pour cette “reprise” de la scolarisation. Si, à Paris, cette “reprise” ne démarre que jeudi, d’ores et déjà nombre de témoignages démontrent que l’on ne peut considérer cela comme de l’école. Elle n’est plus obligatoire et nombre de familles, par peur pour leurs enfants, n’osent y envoyer leurs enfants. Les règles sont tellement strictes, empêchant tant les contacts et interactions, qu’on assiste à une potentielle maltraitance institutionnelle. Les municipalités qui s’y refusent subissent un chantage odieux des rectorats les empêchant dans ce cas d’assurer les continuités d’ouverture pour les enfants de soignant·es, de caissier·es, d’éboueur·ses etc. qui étaient accueillis pendant le confinement. Avec le fameux “en même temps” bien connu de la macronie, des suppressions de classes, y compris en quartier d’éducation prioritaire sont prévues à la rentrée de septembre. 

Personne n’est dupe. La “reprise” de l’école ne poursuit qu’un but : permettre aux parents de reprendre leur travail comme le souhaite le Medef et pour ce faire, “garder” les enfants plus petits qui ne peuvent rester seuls chez eux. Au boulot et au métro. 

Le retard du premier métro de la ligne 13 aura mobilisé toutes les chaînes d’info en continu, si hors sol qu’elles semblent découvrir que c’est très tôt le matin que les travailleur·ses essentiel·les au fonctionnement de la capitale viennent du 93 pour travailler. Les distanciations sociales, antisociales devrions-nous dire, n’ont pu être respectées. Idem sur le RER B. La présidente du Conseil régional, Valérie Pécresse, aurait mieux fait d’anticiper la gestion des transports plutôt que d’insulter la France Insoumise et les gilets jaunes qui “auraient mis le feu à des lycées”. 

La Ville, quant à elle, avait promis d’anticiper en mettant en place 50 km de pistes cyclables supplémentaires, notamment en dédoublant les lignes 1, 4 et 13 du métro. Résultat, si la piste cyclable permettant aux cadres d’aller vers la Défense a bien ouvert, les voyageur·ses en provenance de Saint-Denis et de la Porte de Clignancourt attendront. Les 10 000 cyclistes par jour, selon l’association Paris en selle, qui utilisent l’axe cyclable passant par le Parc de la Villette sont toujours empêchés. En zone rouge, on n’ouvre ni parcs et jardins, martèle le ministre de la santé. Sauf qu’à Paris, les bois de Boulogne, de Vincennes, les jardins du Champ-de-Mars et des Invalides ont bien été rouverts. Pour ne pas dépayser les Parisien·nes qui reviennent de leur confinement sur l’île de Ré ? 

Une fois de plus, les quartiers populaires attendront. C’est pourtant leurs habitant·es en grande majorité qui se retrouvent de nouveau exposé·es, ne pouvant faire de télétravail – quand ils et elles n’ont pas perdu leur emploi. C’est encore eux et elles, les plus nombreux·ses, qui sont terriblement impacté·es par la crise sociale qui suit la crise sanitaire. 

La faim commence à gagner du terrain dans le 93 et dans les quartiers du Nord-Est de la  capitale. Mais là encore, rien de prévu par le gouvernement. Si la Ville a développé de nouveaux dispositifs, comme les paniers solidaires, une aide aux familles passant par la CAF et des subventions exceptionnelles aux associations oeuvrant dans les maraudes et l’aide alimentaire, les moyens ne suffisent pas. Parce qu’elles doivent toujours payer le loyer, quand bien même certaines familles n’ont plus de revenus, elles doivent arbitrer et renoncer pour certaines à remplir le frigo. Heureusement, pendant le confinement, nombre de solidarités concrètes se sont auto-organisées et nous comptons y poursuivre notre implication. 

Il y aurait pourtant une mesure simple, rapide et efficace : instaurer un moratoire sur les loyers et préparer l’exonération totale ou partielle des loyers dus, au prorata de la perte de revenus des familles de locataires. Voilà qui limiterait le recours à l’aide alimentaire. Mais si la ville prévoit des exonérations bienvenues pour les associations et certains petits commerces, elle ne l’envisage pas pour les locataires, qui devront faire des demandes au cas par cas et selon le bon vouloir du pouvoir de bailleurs. 

Mais le plus important pour les chaînes de TV d’info en continu reste de dénoncer le “relâchement des Français” qui osent profiter enfin de leur liberté pour revivre leurs amitiés ou leurs amours autour d’un verre sur les bords du canal. Mais la police de Castaner et du Préfet Lallemand est là pour faire régner l’ordre. Comme elle a empêché les distributions de masques gratuits d’un artisan du 18e, empêché des voisin·es de vivre leur confinement en musique, empêché les tentatives de manifestations du 1er mai, tout en trouvant le temps et les moyens de commander nombre de drones pour surveiller la population. La science fiction devient vie réelle et démontre la priorité de nos gouvernants : accélérer la pente sécuritaire-autoritaire. 

Ne les laissons pas nous imposer leur monde d’avant en pire ! Continuons à exiger la gratuité des masques car il ne saurait y avoir d’obligations sans cette gratuité, la réquisition des stocks de la grande distribution et un dépistage massif sur la base du volontariat. Cette crise, qui est loin d’être derrière nous, procède de l’impasse de leurs politiques libérales. Contribuons nous aussi à la prise de conscience : Paris doit se repenser en ville de l’entraide et sortir de sa dépendance au tourisme de masse antisociale et antiécologique. Hélas, tous les groupes de la majorité comme de l’opposition ont décidé de limiter les débats du prochain conseil de Paris, quand la gravité de la situation actuelle et à venir mériterait tant de prendre le temps de débattre de chaque défi à relever. 

Parce que nous sommes convaincu·es que la solution c’est toujours plus de démocratie quand les partis traditionnels veulent la maintenir confinée, nous vous invitons à témoigner de votre déconfinement et de nous faire part des problèmes comme des propositions pour construire dès maintenant notre Paris d’après !

Edito de Danielle Simonnet et Vikash Dhorasoo

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