Déconfinement : ne cédons pas aux injonctions odieuses – Édito de Danielle Simonnet et Vikash Dhorasoo

Déconfinement : ne cédons pas aux injonctions odieuses – Édito de Danielle Simonnet et Vikash Dhorasoo

Le Président Macron l’a décidé ainsi :  le déconfinement doit commencer ce 11 mai. Aucune planification à la hauteur en terme de masques, de tests, n’a prévalu à ce choix de date qui semble relever de l’arbitraire d’un monarque isolé. La présentation du “plan de déconfinement” du gouvernement montre que sa première préoccupation est d’abord la reprise économique et non de garantir les conditions sanitaires de la fin de l’enfermement. Pour cela, il se défausse de ses responsabilités sur les collectivités et les citoyens. 

Si l’impatience de toutes et tous est forte de sortir de ce confinement, voilà toute la population en proie aux injonctions odieuses. Pour certain·es, le dilemme se situe entre mettre en danger ses enfants en les envoyant à l’école ou perdre ses revenus en n’allant pas travailler. Pour d’autres, il va être entre protéger toute la famille en achetant les masques, si la quantité à disposition le permet, ou remplir le frigo. On pourrait prolonger ces dilemmes : retourner au travail et prendre les transports en commun bondés, car on ne peut pas toujours prendre un vélo, ou privilégier sa santé et celle d’autrui ? 

Par voie de communiqué de presse et lors de la séance du Conseil de Paris du 28 avril, nous avions exprimé la nécessité que la Ville de Paris interpelle le gouvernement au moins au sujet du report de la rentrée scolaire à septembre. L’argument de la lutte contre le décrochage scolaire est un mensonge fallacieux du gouvernement qui prévoit en même temps des suppressions de classes pour la rentrée de septembre, alors même qu’il faudrait au contraire, non seulement sanctuariser mais aussi augmenter les moyens alloués à l’école et notamment dans les quartiers populaires ! Le protocole présenté, non seulement apparaît irréalisable mais ne peut qu’être traumatisant et de fait maltraitant et pour les élèves et pour les enseignant·es et autres professionnel·les des établissements. Si la maire de Paris et la majorité avaient alors refusé d’interpeller le gouvernement lors du conseil de Paris, nous nous réjouissons d’avoir in fine été partiellement entendu·es à la lecture de la lettre des plus de 300 maires, co-signée par Anne Hidalgo, qui demande le report de la date du 11 mai.

Il faut poursuivre le bras de fer et aller plus loin : pour que le confinement progressif ne provoque pas une nouvelle vague de pandémie encore plus meurtrière que la première, il faut que le port du masque dans l’espace public soit respecté. Et pour ce faire il faut qu’ils soient gratuits ! Le pseudo encadrement des prix instauré par le gouvernement se traduit au passage par une multiplication du prix par 10 par rapport à avant le confinement. On découvre que les grandes surfaces s’étaient fait des stocks alors que les soignant·es et les pharmacies en manquaient. Les masques doivent être réquisitionnés, et redistribués gratuitement ! Il n’est pas non plus acceptable que la production dépende d’un travail bénévole de couturier·es : elles doivent être rémunérées par l’Etat. La réquisition des ateliers doit garantir les quantités de production nécessaires comme la juste rémunération de celles et ceux qui y contribuent.

L’urgence sociale devient une urgence alimentaire. Mais là encore, les efforts de la ville sont loin de pallier aux besoins croissants des personnes les plus précaires. Fort heureusement, les initiatives associatives et citoyennes se démultiplient et nous encourageons toutes et tous à poursuivre leur implication dans les solidarité concrètes. Nous y prenons notre part en participant et/ou organisant des collectes alimentaires et des maraudes de de distribution de paniers repas. Défendre le Paris de l’entraide commence par des actes. Il devient par ailleurs de plus en plus impératif qu’un moratoire soit instauré sur les loyers, avec leur diminution correspondant à la diminution des revenus des locataires.

La reprise économique ne doit pas se faire au détriment de la santé de toutes et tous. D’ores et déjà, comment ne pas être inquiet·es de l’afflux quotidien dans les transports en commun dont les images montrent bien que les règles de distanciation sociale n’y sont en aucun cas respectées ? Comment comprendre dans le même temps l’interdiction prolongée d’ouverture des bois, parcs et jardins quand il est bien plus dangereux de se rendre à son travail ? La progressivité de la reprise des activités professionnelles nécessite aussi d’être planifiée ! 

Concernant les tests, la situation est tout aussi préoccupante. Alors que selon le gouvernement on en serait à 300 000 tests produits par semaine, chiffre par ailleurs contesté, comment croire qu’on serait en capacité d’atteindre les 700 000 hebdomadaires dès le 11 mai ? Là encore, le gouvernement s’est refusé d’engager la moindre réquisition pour assurer la production. Et qu’en sera t-il de l’isolement des personnes contaminées ? Alors qu’aucune mesure de réquisition de chambres d’hôtels n’a été engagée et que celles mobilisées via le groupe Accor semblent bien insuffisantes, disons le tout net : nous refusons les atteintes aux libertés prévues par les opérations de flicage, et nous n’accepterons pas non plus les “certificats d’immunité” que la maire de Paris avait un temps évoqué. 

Le prolongement de l’état d’urgence sanitaire est en effet des plus inquiétants tant il démontre une aggravation de la dérive sécuritaire au mépris de nos libertés. Le pouvoir veut non seulement profiter de la crise pour imposer son néolibéralisme autoritaire mais entend modifier le cadre législatif pour se tailler une amnistie préventive sur mesure ! C’est que la colère gronde contre leurs mensonges et leurs incurie. Mais ils devront rendre des comptes, en justice, dans la rue et dans les urnes. 

Concernant les urnes et le calendrier électoral, nous réaffirmons que pour nous il est impensable de faire le 2nd tour des municipales en juin et de mettre à nouveau en danger la population comme ce le fut lors du scrutin de mars, que le gouvernement n’aurait jamais dû organisé alors même qu’il préparait deux jours après le confinement. Aussi, quelle sincérité accorder au 1er tour quand les injonctions contradictoires, “allez voter / Restez chez vous” ont provoqué une telle abstention ? Qui par ailleurs peut considérer que la situation politique et le contenu même des politiques à porter sur Paris comme ailleurs sont les mêmes alors que nous sommes face à une crise globale inédite qui exige une bifurcation complète, sociale et écologique de nos politiques ? C’est bien l’entièreté de l’élection municipales qui doit être rejouée. 

Depuis le premier jour du confinement, nous n’avons cessé de poursuivre le combat politique et nous entendons bien le poursuivre et l’amplifier ! Courage à chacune et à chacun !

Édito de Danielle Simonnet et Vikash Dhorasoo – 5 mai 2020

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