[Initiatives solidaires] Urgences humanitaires, ripostes solidaires ! Par Julien, habitant du 11e

[Initiatives solidaires] Urgences humanitaires, ripostes solidaires ! Par Julien, habitant du 11e

Témoignage de Julien, militant de Décidons Paris à Paris 11e

La solidarité est une des valeurs politiques fondamentales qui nous rassemblent. L’épidémie de COVID-19, la crise sanitaire et humanitaire qu’elle a provoquée, nous ont directement amenés à cette difficile mais urgente question : comment puis-je être utile et m’engager dans des actions de solidarité concrète dans un contexte de confinement strict, en respectant les consignes de sécurité pour soi et pour les autres, sans croiser ni le coronavirus ni le Préfet Lallement?

En tant que Parisien.ne.s, nous constatons depuis trop longtemps autour de nous, dans nos quartiers, dans nos immeubles, différentes formes et degrés de précarité : de la voisine qui reconnait avoir des difficultés à remplir le frigo pour la famille, jusqu’aux situations de très grande précarité dans la rue. Dès l’annonce du confinement, après quelques échanges inquiets entre nous, nous avons compris que ces personnes déjà en difficultés risquaient d’être les premiers à “prendre très cher”, à dévisser d’un cran supplémentaire et très vite. Un risque redoublé par le mouvement de panique et de “chacun chez soi” provoqué par la gestion catastrophique du gouvernement et par la réduction drastique d’activités des associations d’aide alimentaire du fait de l’épidémie.

Alors il fallait tout de suite chercher des actions de solidarité concrète : le “chacun chez soi”, ça ne pouvait pas être le “chacun pour soi”. J’ai pris le premier wagon de solidarité qui partait, c’était celui des Brigades de Solidarité Populaire. C’était le tout début du confinement, le vide brutal dans les rues de Paris devenues une sorte de “Zombie-Land”, on sortait la peur au ventre, avec beaucoup d’inconnues en tête.

Les Brigades de solidarité populaire, d’inspiration des anarchistes italiens, en tirent certains principes d’action : le refus de se laisser imposer toute forme d’autorité ou d’intimidation institutionnelle, la souplesse de l’autorganisation, l’action directe auprès des populations en danger. Des notions finalement pas si étrangères à un insoumis comme moi.

Premières actions : préparation plusieurs fois par semaine de paniers-repas (sandwich + fruit + bouteille d’eau) confectionnés chez soi dans le respect le plus strict des consignes sanitaires de la Charte des Brigades (principalement en cuisine port du masque et mains saines, filmage propre et sacs fermés). Celles et ceux qui le souhaitaient (et qui se sentaient prêt.e.s) pouvaient s’engager en plus dans les maraudes : beaucoup de gens dans les rues de Paris ont faim, soif, manquent de tout. Beaucoup demandaient des masques de fortune que nous confectionnions selon des règles sanitaires d’urgence, avec papier type sopalin plié en accordéon, et élastiques agraphés pour accrocher aux oreilles. Mieux que rien.

Les Brigades sont rapides et efficaces, coordonnées au niveau Ile de France, au niveau parisien. Tout problème trouve une solution entre brigadistes: le système D parvient toujours à palier la pénurie de moyens.

La mise à disposition du restaurant associatif et solidaire de la Nouvelle Rôtisserie dans le 10e, environ deux semaines après le début du confinement, a été un atout considérable pour les Brigades du Nord-Est de Paris : lieu de stockage de denrées et de matériel, lieu de centralisation et d’échanges, lieu adapté pour démultiplier la production de repas cuisinés et maraudés. Des repas de qualité à base de produits frais récupérés, barquettes en liaison chaude pour ces personnes qui ont droit comme tou.tes à des repas de qualité, et dont certaines se lassent des sandwichs et des maigres sacs-repas.

Au fil du temps, les Brigades ont également lancé la production de masques en tissu et de gel hydroalcoolique, particulièrement précieux pour les innombrables livreurs précaires et sans-papiers Deliveroo/UberEats, véritable chair à virus, pédalant le ventre vide pour livrer… de la nourriture. Dans quel monde, dans quelle ville vit-on ?

Aujourd’hui, les Brigades ont acquis une visibilité et une crédibilité dans l’action autogérée de solidarité populaire. Elles renforcent au fil du temps leurs troupes et diversifient leurs actions pour s’adapter aux besoins de terrain.

Cette expérience me donne à penser que les acteurs de la solidarité, sous toutes ses formes, seraient bien inspirés de se rencontrer, de se parler, d’échanger, d’unir leurs forces en n’ayant qu’une boussole : le soutien d’urgence aux précaires et la lutte politique contre l’exploitation néolibérale, ses ravages sociaux, économiques, écologiques et maintenant sanitaires. Cette lutte s’annonce féroce, les divisions nous perdront si les défiances mutuelles ne sont pas levées, notamment grâce à ces actions de solidarité concrète qui nous réunissent sur le terrain.

Alors engageons-nous là où nous nous estimerons être le plus utile, dans le respect des règles de sécurité sanitaire, bricolons et construisons ensemble, pour demain, les “Jours Heureux”, les vrais, les nôtres. 

Julien Pontes – militant insoumis à Décidons Paris

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