Réouverture des écoles : ne prenons pas de risques !

Réouverture des écoles : ne prenons pas de risques !

Le Président de la République a décidé la réouverture des écoles et les collèges à partir du 11 Mai alors que les conditions pour que cette rentrée se fasse en toute sécurité pour les personnels, les enfants et leurs famille semblent totalement impossibles à réaliser dans la pratique. Cette décision est irresponsable, comme l’ont été les multiples revirements et contre-ordres de Jean-Michel Blanquer et du gouvernement depuis cette annonce.

  • La décision du gouvernement est irresponsable : la Mairie devrait s’y opposer !

La décision d’accueillir de nouveau les enfants dans les écoles s’appuie sur le fait que les plus jeunes seraient épargné.e.s par le virus. Cette hypothèse est d’ores et déjà contredite par les cas signalés récemment d’inflammations cardiaques touchant des enfants, dont l’AP-HP  a confirmé qu’ils sont liés au Covid-19. De plus, les enfants sont aussi susceptibles de transmettre le virus. L’enquête effectuée par l’Institut Pasteur sur le lycée de Crépy-en-Valois nous alerte et devrait inciter à la plus grande prudence. En effet, dans ce lycée où un enseignant a été parmi les premières victimes du virus en France, 41% des personnels et des élèves ont été contaminés, certains sans développer de symptômes. Parmi les proches des personnes fréquentant le le lycée, on compte 11% de contaminés. Dans ce contexte, chaque école qui ouvrira ses portes sera un potentiel cluster où le virus pourrait se propager massivement, avec un risque de graves conséquences.

La décision de réouverture des écoles le 11 mai est donc irresponsable. Nous regrettons que la majorité parisienne, préoccupée uniquement de recueillir l’unanimité, n’ait pas saisi l’occasion du Conseil de Paris du 28 avril dernier, qui se tenait le jour même où le Premier ministre présentait son plan de déconfinement à l’Assemblée nationale, pour interpeller le gouvernement sur la nécessité de reporter cette date, par mesure de précaution pour nos enfants, comme l’a défendu Danielle Simonnet. 

Certes, comme le Ministre de l’Education nationale l’a explicité, ce retour à l’école se fera sur la base du “volontariat”, ce qui laisse aux parents le choix lourd de conséquences d’envoyer ou non leurs enfants à l’école et permet au gouvernement de se défausser de sa propre responsabilité. Ce choix ne sera pas le même pour tous : le retour à l’école sera, de fait, imposé à ceux qui devront retourner travailler et n’auront pas de solutions de garde. Pour beaucoup, sans possibilité d’autorisation d’absence pour garde d’enfants, il faudra à contrecoeur déposer ses enfants à l’école pour aller travailler… L’école joue un rôle fondamental, en particulier pour les enfants les plus fragiles, mais nous ne sommes pas dupes face aux discours du gouvernement soudainement préoccupé par la lutte contre les inégalités alors que de nouvelles baisses de moyens sont prévues pour la rentrée prochaine… Ce qui est prévu à partir du 11 mai, c’est pour l’essentiel d’assurer la garde des enfants pour permettre un retour au travail des parents, en sacrifiant la sécurité sanitaire. Nous pensons, nous, que la reprise des activités économiques ne doit pas primer sur la sécurité des agents territoriaux, des personnels de l’Education nationale, des enfants et de leurs familles. 

Les annonces faites depuis lors par le gouvernement d’une réouverture “à la carte” selon la décision de chaque maire, et en fonction d’une carte des départements “rouges” ou “verts” n’est pas plus rassurante : elle aggrave la territorialisation de l’école. Là encore, il faut craindre que cette division ne creuse les inégalités entre les enfants, et ne mette les maires devant un dilemme impossible : faire courir des risques aux enfants, ou mettre en difficulté des parents contraints d’aller travailler sans moyen de garde pour leurs enfants.

  • La majorité parisienne choisit le “moins pire” des compromis

Dans ce contexte, et compte tenu des choix gouvernementaux irresponsables et du refus de l’exécutif de s’y opposer ouvertement, la décision de la Mairie de Paris de ne rouvrir les écoles qu’aux enfants de salariés travaillant dans des secteurs essentiels, et aux élèves les plus en difficulté, avec une limitation du nombre d’enfants par classe plus importante que ce qu’impose le gouvernement nous semble être le “moins pire” des compromis. Elle se place en effet dans la continuité de la situation actuelle, où les enfants de travailleuses et travailleurs de secteurs essentiels sont accueillis en effectifs très réduits dans les écoles parisiennes.

Il faut néanmoins souligner que ce compromis est permis d’abord par la sociologie parisienne : en effet, le nombre d’ouvriers et d’employés y est très réduit (25% de la population active), avec une grande majorité de salarié.es du tertiaire, pour qui le télétravail est souvent plus facile à mettre en place. Nous manifestons notre inquiétude pour le million de travailleuses et travailleurs qui, en temps habituel, viennent chaque jour travailler à Paris sans avoir les moyens d’y vivre, en habitant les départements alentour (Seine Saint Denis, Val-de-Marne, Essonne, etc.). Pour assurer la sécurité de leurs enfants, qui n’auront pas forcément la possibilité d’être accueillis dans les mêmes conditions que celles mises en place à Paris, et par solidarité territoriale, il serait d’autant plus souhaitable que Paris assume d’interpeller le gouvernement pour le report pur et simple de cette rentrée à septembre.

  • Des interrogations demeurent

A Paris, cependant, des interrogations demeurent, compte tenu des conditions matérielles des écoles parisiennes. Les locaux permettront-ils d’assurer partout une distanciation sociale suffisante et un lavage régulier des mains ? Des masques et du gel hydro-alcoolique seront-ils fournis aux élèves et aux personnels ? Les effectifs des agents territoriaux en charge de l’hygiène seront-ils suffisants et ceux-ci seront-ils convenablement protégés ? Comment la fourniture des repas pourra-t-elle être assurée sans risques ? Les personnels des écoles seront confrontés à d’énormes difficultés pour réussir à appliquer et à faire appliquer aux élèves les indispensables gestes barrière, en particulier aux enfants les plus jeunes.

La priorité ne devrait pas être de rouvrir à tout prix les écoles en mai et en juin, mais de préparer la rentrée de septembre, qui sera un moment bien plus crucial puisque tous les enfants devront pouvoir être de nouveau scolarisés dans les meilleures conditions sanitaires et pédagogiques. C’est sur la préparation de cette rentrée que doivent dès maintenant se concentrer tous les efforts, en déployant tous les moyens humains et matériels nécessaires pour faire face aux virus et à ses conséquences.

Article rédigé par le groupe thématique Éducation de Décidons Paris

3 réponses

  1. Serge dit :

    “Parmi” est invariable, cher Groupe Education 😘

  2. Gonzalvo dit :

    Beaucoup d’écoles sont situées dans des rues étroites, avec des trottoirs pas très larges, pour déposer et récupérer les petits il va falloir une organisation particulière, quelque chose a-t-il été prévu ?

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