La main invisible a encore frappé – Edito de Danielle Simonnet et Vikash Dhorasoo

La main invisible a encore frappé – Edito de Danielle Simonnet et Vikash Dhorasoo

Après un début de confinement tardif, sans aucune planification, le gouvernement nous engage dans un déconfinement des plus hasardeux.  Si nous sommes toutes et tous pressé·es de sortir du confinement, nous souhaitons d’abord et avant tout que les conditions en soient réunies. Mais le gouvernement gère plus la pénurie que la pandémie et cache son incurie dans une dérive sécuritaire sur fond de profonde crise sociale. 

Hélas, dans les hôpitaux et les Ehpad, les personnels manquent toujours de tout, de masques, de blouses, de charlottes et même de médicaments. On nous promet des masques pour toute la population dans deux semaines, mais celles et ceux qui sont en première et deuxième ligne n’en ont toujours pas ! Quand le Portugal les distribue gratuitement dans les boîtes aux lettres, le gouvernement prévoit de les vendre à 5€ pièce. Ils prétendaient les masques superflus quand ils n’en avaient pas, veulent les rendre obligatoire et pensent déjà aux mesures sécuritaires alors même qu’ils sont incapables de garantir que chacun·e pourra s’en procurer ! La dérive sécuritaire semble proportionnelle à leur incapacité à planifier la satisfaction des besoins. La Ville et la Région commandent leurs masques. La ville a annoncé qu’ils seraient distribués gratuitement en pharmacie mais impossible pour l’heure de connaître précisément s’ils seront en nombre suffisant. Chacun·e communique pour montrer sa bonne volonté à mobiliser les entreprises sur la base du volontariat. Mais pendant ce temps, le business parallèle sur les masques fait rage. Le gouvernement aurait dû et devrait réquisitionner les entreprises adaptées pour que la production corresponde aux besoins. Les collectivités certes tentent de pallier aux manques, mais elles devraient relayer cette exigence de réquisition et de nationalisation !  Pendant ce temps, c’est l’auto-organisation citoyenne qui se développe dans la fabrication de masques en tissus “maison”. Il est évident qu’il faut sortir avec un masque, mais il est encore plus évident que le rôle de l’État, dans un pays démocratique un minimum développé, c’est d’en fournir à ses habitant·es ! 

Du côté des tests, la situation est tout aussi déplorable : la France ne se situe qu’au 29e rang pour son nombre de tests pour 1000 habitant·es selon un comparatif de l’OCDE ! À Paris, selon les informations dont nous disposons, au grand maximum c’est seulement 3% de la population qui pourra être testé ! Est-ce là le dépistage “massif” évoqué par la maire de Paris ?. Là encore, aucune parole de l’exécutif pour exiger la réquisition de l’industrie pharmaceutique. Idem pour les chambres d’hôtels mobilisées dans le cadre du partenariat avec le groupe Accor Hôtel et l’AP-HP pour permettre d’isoler des personnes malades. Leur nombre sera t-il suffisant ? Il aurait fallu assumer de commencer la planification du déconfinement en faisant appel aux modélisateurs, épidémiologistes, professionnel·les de santé pour fixer les objectifs à atteindre. Mais il n’en est rien. Les hôtels touristiques, toujours pas réquisitionnés pour héberger tous les sans abris, ne le seront pas pour les malades. Gouvernement, Région et Ville préfèrent s’en remettre à la bonne volonté des hôteliers…   

Dans une totale cacophonie ponctuée de moultes déclarations ne cessant de se contredire, la rentrée scolaire progressive à partir du 11 mai s’annonce des plus chaotiques. Un minimum lucides sur le fait qu’ils sont dans l’incapacité de garantir les conditions de sécurité sanitaire, voilà les membres du gouvernement qui décrètent que la rentrée s’effectuera sur la base du volontariat. En bons libéraux, ils se défaussent de leur propre responsabilité qu’ils renvoient à la responsabilité individuelle. Il y a fort à parier que celles et ceux qui en ont les moyens préféreront laisser leurs enfants à la maison, quitte à leur payer des cours quand les familles de milieux plus populaires n’en auront pas le choix, devant retourner au travail. Les mêmes qui subissent les pires conditions du confinement dans des logements trop petits. Les mêmes qui, pour une bonne part se retrouvent sans revenus, parce qu’intérimaires, autoentrepreneur·ses de l’ubérisation, petits jobs précaires. Les mêmes qui sont les plus nombreuses et nombreux à subir le virus au péril de leur vie. 

Incapables de répondre aux conditions évidentes pour le déconfinement en tests et en masques, le gouvernement accélère la dérive sécuritaire en exploitant l’état d’urgence sanitaire et voudrait même instaurer un tracking numérique. Sur le terrain, la multiplication des contrôles des attestations de déplacement dérogatoires est d’autant plus sévère dans les quartiers populaires, du 93 comme des 18e, 19e et 20e arrondissements et donne lieu à des abus et violences policières. Alors que l’urgence serait de s’atteler bien plus fortement aux distributions alimentaires de plus en plus nécessaires, ce sont les amendes qui pleuvent aux pieds des immeubles. Incapables de répondre aux urgences sociales de la crise qui aggrave les inégalités sociales, les quartiers populaires se retrouvent la première cible de la police sanitaire. 

La main invisible, ce remède magique des aveuglés du libéralisme censé tout autoréguler est bien responsable de l’aggravation de notre vulnérabilité face au virus et des inégalités sociales. Cette politique libérale s’accompagne toujours de dangereuses remises en causes de nos libertés fondamentales. 

Leur pseudo main invisible, ce sont toujours les mêmes qui se la prennent en pleine gueule.

Edito de Danielle Simonnet et Vikash Dhorasoo – Semaine du 20 au 26 avril

Une réponse

  1. ANNIE JOUAN dit :

    Réquisitoire remarquable de justesse. Et encore ne mentionne-t-il pas l’irrationalité de certaines mesures, le côté anti- démocratique de leur gestion de ” l’urgence sanitaire”, leur mesquinerie (les ” confinés ” heureux de ces loisirs forcés avec le cortège des difficultés générées vont devoir rembourser en jours de vacances !) Répression, punition ils ne connaissent que cela. Merci patron !

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