Quand le bâtiment va, tout va ?

Quand le bâtiment va, tout va ?

L’état d’urgence sanitaire promulgué le 23 mars dernier pour lutter contre la pandémie liée au coronavirus a sinistrement servi à faire passer un choc libéral dans de nombreux pans de notre législation au détriment du développement de projets urbains encadrés et concertés.

L’exemple de l’urbanisme réglementaire en témoigne : dérégulation pour l’installation et la modification des antennes-relais (dans le but d’anticiper le déploiement de la 5G comme le soupçonne l’association Robin des toits  ?) ou encore maintien des enquêtes publiques pour les projets “d’intérêt national et à caractère urgent”. Cette dernière disposition est utilisée par différentes préfectures pour poursuivre les procédures des projets -dont l’urgence ne peut être démontrée- alors même qu’aucune réunion publique ne peut actuellement se tenir. Déni de démocratie pour partie donc, car, la transparence et la concertation indispensables au développement de projet urbains inclusifs, y compris lorsqu’ils sont d’intérêt national, ne peuvent donc être éprouvées.

Là où l’on aurait pu saluer la suspension des délais d’urbanisme par l’ordonnance n°2020-306 du 25 mars prise en concertation avec les élus locaux et permettant de fait d’arrêter l’activité non-essentielle des milliers de services d’urbanisme des collectivités territoriales, le gouvernement est finalement revenu sur sa décision par l’ordonnance n°2020-427 du 15 avril obligeant ce secteur d’activité à reprendre dès la sortie de l’état d’urgence sanitaire, soit le 24 mai seulement sous la pression de la promotion immobilière et des géants du BTP. Cette injonction à la reprise des chantiers est d’ores-et-déjà condamnée par de nombreux professionnels du secteur, notamment par l’ordre des Architectes. Justifiée par des arguments économiques, cette décision ne doit pas se faire sans garantie pour les travailleurs du secteur et sans moyens supplémentaires pour les collectivités territoriales obligés de naviguer à vue devant cette nouvelle décision contradictoire ! 

Sans définition claire des activités essentielles à la Nation, on pouvait s’attendre à ce que ce gouvernement navigue à vue et au gré des coups de boutoirs des différents secteurs du patronat. Ce revirement sans rapport avec la situation sanitaire réelle du pays et la dynamique de l’épidémie en fait le glaçant constat. Nous plaidons au contraire pour une sortie du confinement démocratiquement décidée par les travailleurs, alimentée par un dialogue social transparents avec les syndicats.

La crise que nous traversons est l’occasion de repenser intégralement nos priorités. Aujourd’hui et alors que des milliers de vie sont en jeu, il n’est plus raisonnable de laisser le gouvernement affirmer peu ou prou que “quand le bâtiment va, tout va”.

Le Groupe thématique urbanisme de Décidons Paris

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