Sans-abrisme et pauvreté à Paris : nous refusons le retour à l’anormal

Sans-abrisme et pauvreté à Paris : nous refusons le retour à l’anormal

Dès le début annoncé du confinement, les personnes à la rue et les associations qui les accompagnent ont alerté : on dit aux gens de rester chez soi, mais comment font celles et ceux qui n’ont pas de “chez-soi” ?

Depuis, des mesures ont été prises pour abriter plusieurs centaines de personnes à la rue à Paris. Au Samu social, le nombre de “demandes non pourvues”, c’est à dire le nombre de personnes qui contactent le samu pour obtenir un hébergement sans obtenir de réponse, a baissé pour la première fois depuis des années en constante augmentation. Des places d’hébergement ont été ouvertes afin de ne pas laisser ces personnes dans la rue à la merci du coronavirus. Cependant, toutes les personnes à la rue n’ont pas pu être hébergées, beaucoup d’entre elles sont encore livrées à elle-mêmes ou à l’unique aide des associations encore ouvertes. Les maraudes et accueils de jour ont eu des difficultés à rester ouverts, il a fallu plusieurs semaines pour réorganiser de manière fluide le système d’aide alimentaire parisien. Les personnes hébergées le sont parfois dans des conditions loin d’être optimales : dans des gymnases qui ne respectent pas les règles de distanciation sociale par exemple. Enfin, aucune condition n’existe pour garantir que ces personnes puissent être hébergée durablement, voire relogée, dans des structures pérennes, lorsque le confinement aura pris fin. Nous ne pouvons pas prendre le risque de revenir à la situation d’avant le confinement !

La ville de Paris doit donc s’impliquer pour trouver toutes les solutions afin de faire de la crise actuelle un tremplin pour un avenir solidaire. Il s’agit d’humanité d’abord, un toit c’est un droit ! Mais il s’agit aussi de faire de Paris une ville résiliente, capable de faire face aux crises à venir. Le changement climatique et l’irresponsabilité des dirigeant.es face aux difficultés sociales vécues par de nombreux concitoyen.nes laissent présager que cette crise ne sera en effet pas la dernière. Nous devons bâtir un système d’entraide suffisamment solide pour ne pas s’effondrer aux premiers vents qui pourraient nous faire vaciller. Les témoignages des populations les plus précaires de notre ville et des personnes qui les accompagnent témoignent de l’urgence d’intervenir dans les domaines du logement et de l’alimentation. 

Décidons Paris verse ses propositions au débat afin d’avancer dans ce sens, pour changer durablement les choses à Paris (retrouvez nos mesures d’urgence ici : https://decidons.paris/2020/03/25/les-mesures-urgentes-de-decidons-paris-face-a-la-crise-sanitaire/ ) :

  • les personnes hébergées pendant la crise ne pourront pas être remises à la rue : des solutions de logements pérennes doivent être trouvées par la ville et l’Etat, notamment par l’attribution de logement social et par la pérennité des structures ouvertes pour l’hébergement
  • réquisition des bâtiments vides afin d’y loger les personnes sans-abri et ce dans des conditions décentes : la crise à laquelle nous faisons face doit conduire à réévaluer nos politiques pour faire du logement pour tou.tes une priorité
  • réservation d’au moins 200 logements du parc social parisien par an à des personnes vivant à la rue
  • prise d’un arrêté anti-expulsion locative sans solution de relogement, pérenne dans le temps
  • financement de places d’hébergement avec un accompagnement social adapté à la personne (problèmes de toxicomanie, personnes avec animaux, etc) 
  • mettre en place un plan de subventions afin d’assurer des moyens exceptionnels pour les associations qui assurent la prise en charge des sans abri
  • fournir des masques et matériels de protection aux accueils de jour pour permettre leur réouverture 
  • mettre en place des distributions de gel hydro-alcoolique et de savon, et ouvrir davantage de points d’eau accessibles à tou.tes dans l’espace public parisien ;
  • exiger l’accès pour tout demandeur d’asile aux conditions matérielles d’accueil par l’OFII afin de permettre à toutes et tous de disposer d’un minimum de ressources financières pour pouvoir faire face aux mesures de confinement demandées
  • interdire les expulsions visant les personnes hébergées dans les structures d’urgence
  • demander l’arrêt de toutes les expulsions du territoire et fermer les centres de rétention administrative
  • équiper les travailleurs sociaux de masques de protection et de gel hydro-alcoolique tant dans les structures d’hébergement que dans les accueils de jours, maraudes, distributions alimentaires, etc
  • faire des mairies d’arrondissement des lieux de collectes de produits alimentaires centralisant des dons pour les associations spécialisées
  • augmentation des capacités de production des services de restauration collective pour assurer des distributions de repas pour les familles dans le besoin

Par ailleurs un protocole particulier doit être déterminé pour assurer protection à tou.tes celles et ceux le nécessitant en cas de crise : 

  • en 24h, établissement d’une liste des locaux vides. En lien avec les services sociaux, la CAF, les établissements scolaires, les associations d’aide social, établissement de listes de personnes pouvant nécessiter une aide alimentaire. 
  • en 48h, détermination des locaux pouvant être occupés. Redéploiement des effectifs de la ville dans les services de restauration collective pour confectionner des repas à livrer/emporter.
  • en 72h, activation d’une chaîne de fournisseurs planifiée à l’avance  pour équiper les lieux ciblés de lits, douches et toilettes
  • en 96h, organisation de trajets de maraudes par les associations (avec l’équipement de protection qu’il faut que ce soit contre les radiations, les virus, etc.) pour orientation de toutes les personnes à la rue vers les structures d’hébergement ouvertes.

Article rédigé par le groupe thématique Solidarité – Lutte contre l’exclusion de Décidons Paris.

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