Confinement : les mineurs non accompagnés (MNA) sont en danger

Confinement : les mineurs non accompagnés (MNA) sont en danger

Les MNA sont des personnes se déclarant comme mineur(e)s et privées temporairement ou définitivement de la protection de leur famille, entendez de jeunes exilés parfois âgés de moins de 15 ans, complètement isolés sur notre territoire, suite à un long parcours migratoire, dangereux et chaotique. Dans l’esprit des lois européennes et de la Convention internationale des droits de l’enfant, ces derniers doivent être considérés comme des enfants et non comme des migrants et entrer de plein droit dans le dispositif national de protection de l’enfance. Dans notre département (75), leur prise en charge incombe à la ville de Paris. 

Bien avant la crise sanitaire que nous traversons et ce depuis plusieurs années, la ville est défaillante dans cette mission et principalement par le biais des évaluations très contestées qu’elle pratique. En 2016, la ville a délégué à la Croix-Rouge via le dispositif d’évaluation des mineurs isolés étrangers (DEMIE) le tri des mineurs et des majeurs. Or, il est communément admis par les associations et avocats que ce dispositif ne fonctionne pas correctement. Nombreux sont les jeunes qui se voient refuser l’accès même à l’évaluation ou qui subissent des entretiens bâclés et non pluridisciplinaires.

La grande majorité de ces jeunes est ainsi déclarée non-mineur à la suite desdites évaluations. Les associations de terrains et avocats spécialisés estiment cependant que plus de 50% d’entre eux sont reconnus mineurs suite à un recours consécutif auprès du juge des enfant du Tribunal de Grande Instance. Mais alors, les jeunes sont livrés à eux même tout au long de la procédure judiciaire et pendant de très longs mois, perdant irréversiblement des chances de s’intégrer dans notre société et surtout ils sont abandonnés dans une situation de pauvreté extrême. Effectivement, ils sont exclus des structures d’accueil des migrants majeurs ou du 115 car cette fois-ci, l’État les renvoie à leur statut de mineur et les dirige vers le DEMIE (ville de Paris). Kafkaïen!

Depuis le début de la période de confinement, la situation pour les MNA a peu changé.

Malgré les nombreux appels d’associations comme les Midis du Mie, la TIMMY ou Paris d’Exil, malgré un signalement intercollectif au procureur de Paris, ou une lettre ouverte au Premier Ministre envoyée par des ONG comme UNICEF France et Médecins sans Frontières soutenue par de nombreux avocats du Barreau de Paris, l’Etat et la ville de Paris restent figés sur leur vieilles positions. Chez Médecins Sans Frontière mais aussi auprès des associations militantes il est communément admis que ce sont environ 300 jeunes qui sont à la rue en Ile de France dont au moins 200 sur Paris. Certains sont logés dans des squats, dans des hôtels financés par des associations non subventionnées ou chez des hébergeurs solidaires quand d’autres sont à la rue dans le plus grand danger.

De surcroît, le DEMIE a fermé ses portes le 20 mars, sans l’avoir annoncé aux associations de terrain, provoquant le plus grand désordre dans l’accueil des primo-arrivant sur Paris et laissant aux commissariats le rôle de signalement au procureur. Avec un parcours migratoire très difficile fait de violences physiques et psychiques par des hommes en uniforme en Europe ou en Afrique, beaucoup de jeunes n’osent se présenter au poste de police. Paradoxalement, il a été signalé aux associations que certains commissariats ont continué à renvoyer sur le DEMIE alors fermé. Parfois le manque d’officier de police judiciaire complique les choses et il faut des heures pour aboutir à un signalement et mettre à l’abris le MNA dans un gymnase. 

Aussi, la ville de Paris doit comprendre que de toute évidence l’hébergement collectif en gymnase n’est pas du tout adéquat à la situation actuelle (ni même en temps normal!) et est contraire aux principes de distanciation sociale.

Une question revient sans cesse, qu’attend le gouvernement et l’exécutif parisien pour assumer leur responsabilité et prendre des mesures adaptées et urgentes pour protéger les mineurs isolés ?

Enfin, la mise à l’abri précaire des MNA en attente de réponse à leur évaluation se soldera par des remises à rue massives à la fin du confinement. Une fois encore les associations et les militants vont devoir se substituer aux pouvoirs publics car l’usine à précarité sera repartie de plus belle. 

Exigeons la mise à l’abri durable de tous ces jeunes et un accompagnement adapté via l’Aide sociale à l’enfance, sans distinction entre les jeunes isolés étrangers et les autres enfants placés, pendant le confinement et ensuite. Il est également urgent de développer les “contrats jeunes majeurs”, c’est-à-dire de poursuivre la prise en charge financière et l’accompagnement de tous les jeunes relevant de l’Aide sociale à l’enfance au-delà de leurs 18 ans : il n’est pas acceptable que les jeunes soient mis à la rue lorsqu’ils atteignent leur majorité !

Article rédigé par Vincent Génie, militant associatif et à Décidons Paris 5e

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