La réponse à l’interpellation du MEDEF Paris de Décidons Paris

La réponse à l’interpellation du MEDEF Paris de Décidons Paris

  • Quelle(s) mesure(s) proposerez-vous pour faciliter le quotidien des entreprises et des salariés à Paris ?

Les entreprises sont d’abord des collectifs de travail. Pour faciliter le quotidien il faut permettre à celles et ceux qui travaillent à Paris d’y vivre. Aujourd’hui, un million de personnes vient chaque jour travailler à Paris sans avoir les moyens d’y vivre. Les distances domicile-travail ne cessent d’augmenter. Pour rapprocher les lieux de travail des lieux de vie, il est nécessaire de lutter contre la spéculation en encadrant à la baisse les loyers et en réquisitionnant les logements vides. Réduire les distances domicile-travail est non seulement un enjeu écologique pour améliorer la qualité de l’air, mais aussi un enjeu de société visant à réduire les temps de déplacements. Aussi, plutôt que de concentrer l’activité dans de grands pôles et notamment dans la capitale, nous souhaitons favoriser une métropole multipolaire, où l’activité est localisée au plus près des zones d’habitations et des autres lieux qui font le quotidien de nos villes (services publics, lieux culturels et de loisirs, etc.).

La spéculation impacte aussi les entreprises, notamment les TPE-PME. Les loyers des locaux commerciaux et d’activité sont très élevés, constituant un frein au développement de l’activité, favorisant les grosses structures aux dépens des petites. Nous proposons de mettre en place des mesures anti-spéculatives et de maîtrise du foncier par la Ville sur ces locaux, pour favoriser la relocalisation d’activités productives. Trop souvent, les bailleurs publics de locaux d’activité privilégient les activités les plus rentables pour eux (espaces de coworking etc.) alors qu’il est nécessaire de mettre en place des critères et des loyers permettant de penser la répartition de l’activité sur le territoire en fonction de l’intérêt général, en favorisant les activités de proximité en circuit court, l’artisanat, les services, mis en place par de petites entreprises.

Nous souhaitons par ailleurs agir contre la dérégulation du travail, qui s’illustre notamment par le développement de l’ubérisation ou encore le travail du dimanche et nocturne. Nous souhaitons l’interdiction des plateformes de l’ubérisation qui mettent en oeuvre un salariat déguisé via le statut d’auto-entrepreneur, exploitant des travailleurs qui ont tous les inconvénients du statut de salarié (horaires imposés, subordination) sans en avoir les avantages (droit du travail). Nous souhaitons au contraire favoriser le développement de coopératives de travailleurs indépendants dans les secteurs ubérisés, et établir des réglementations là où elles sont nécessaire (par exemple en limitant le nombre de VTC, dont la circulation à vide est une aberration écologique).

Concernant le travail du dimanche et de nuit, nous le réduirons autant que possible : le seul effet économique constaté est de favoriser les grandes enseignes au dépens du petit commerce, et de précariser plus encore les salarié.e.s de ces enseignes, très souvent des femmes, contraintes de travailler sur des tranches horaires toujours plus étendues, rendant notamment plus complexe l’harmonisation des temps sociaux avec leur famille.

  • Etes-vous prêt à associer les chefs d’entreprises à vos futures décisions, via la création d’un Comité de Pilotage Économique de la ville de Paris, comme proposé par le MEDEF Paris dans son programme ?

Nous souhaitons surtout associer bien davantage les habitant.e.s aux décisions : permettre aux Parisien.ne.s de se réapproprier leur ville et l’usage des communs urbains. C’est pourquoi nous proposons le référendum local d’initiative citoyenne. Trop souvent actuellement, par exemple avec les opérations d’urbanisme de type “Réinventer Paris”, la puissance publique abandonne la maîtrise d’ouvrage et la décision politique à des acteurs privés. Or, par leur nature, ces acteurs ne pensent pas les projets en fonction de l’intérêt général, mais en fonction du profit qu’ils sont amenés à en retirer. Nous souhaitons au contraire reprendre le contrôle pour penser la ville en fonction de l’intérêt général, en impliquant les Parisien.ne.s dans tous les processus d’élaboration des projets et de décision.

Nous souhaitons réduire l’influence des intérêts privés et leur emprise sur la ville, qui se traduit par la privatisation de services publics, mais aussi par des “cadeaux” de la municipalité à des acteurs privés : par exemple les Halles bradées à Unibail lors de la mandature précédente, ou encore la Halle Freyssinet, aujourd’hui Station F, avec un prix de cession très inférieur au prix du marché. Nous souhaitons établir une critérisation (sociale et écologique) plus importante et transparente des aides publiques au privé (start-up, etc.) afin de garantir que l’argent public est attribué à des activités d’intérêt général. Ces aides doivent faire l’objet d’une évaluation indépendante.

  • Face à la compétition internationale, que ferez-vous pour que Paris devienne une Capitale Globale, attractive et pionnière ?

Nous récusons la logique d’attractivité à tout prix et de compétition entre les territoires, intrinsèquement anti-écologique. Il faut au contraire penser la métropole multipolaire en garantissant la mixité d’activités dans chaque bassin de vie entre logement, emploi, services publics, en relocalisant l’activité là où elle manque, préserver les espaces verts et limiter la densification, préserver le foncier agricole aux abords de Paris, ralentir la ville, limiter les locations de meublés touristiques et les activités touristiques polluantes (cars de tourisme).

C’est pourquoi nous mettrons en place un référendum pour l’annulation des Jeux olympiques 2024, symbole de cette “capitale globale, attractive et pionnière” qui nous mène vers le désastre en artificialisant les terres, en densifiant la ville, en incitant à des déplacements inutiles par l’afflux de milliers de personnes, en expulsant des habitant.e.s de leur lieu de vie pour des équipements qui n’ont pas d’utilité en dehors des 15 jours de Jeux. Les JO vont aggraver la privatisation, la bétonisation et la gentrification de Paris. Face à l’urgence écologique actuelle, il faut permettre aux Francilien.ne.s, par référendum, de décider l’annulation de ce projet néfaste pour l’avenir de notre écosystème.

Biographie :

Née le 2 juillet 1971, Danielle Simonnet est psychologue de l’EN. Membre du cabinet de Jean Luc Mélenchon en 2000 alors qu’il est ministre délégué à l’enseignement professionnel, elle participe au pilotage des politiques d’orientation scolaire et professionnelle. Conseillère de Paris non inscrite, elle y assume un rôle d’opposition. Impliquée dans le soutien à différents secteurs professionnels victimes de l’ubérisation, elle en réalise un spectacle politique “Uber, les salauds et mes ovaires” en 2016. En 2018, elle réalise un deuxième spectacle politique “Paris vendu” et édite un essai politique en 2019 “Paris, les moineaux reviendront”. En 2020, elle est candidate à la Mairie de Paris en binôme avec Vikash Dhorasoo pour les listes Décidons Paris, listes citoyennes soutenues par la France insoumise.

  • Pour vous, qu’est-ce qu’être entrepreneur et quel est le rôle d’une entreprise ?

Un entrepreneur crée un collectif de travail, autour d’une activité qui crée de la valeur. Pour certains, le rôle d’une entreprise est de dégager un profit maximum. Pour ma part, ce qui est déterminant c’est que cette activité réponde à un besoin social et/ou écologique et non à une simple recherche de profit. L’enjeu est aussi de créer les conditions démocratiques de ce collectif de travail, afin que la valeur créée, les conditions de sa production, son usage ou sa redistribution soient le fruit de décisions collectives.

  • Quel entrepreneur vous inspire le plus ? Pourquoi ?

Les coopératives d’intérêt collectif sont le modèle qui m’inspire le plus. Non seulement parce qu’elles correspondent à un fonctionnement démocratique, mais aussi parce que ce faisant elles redonnent un nouveau sens au travail, en intégrant toutes les parties prenantes : les usagers, éventuellement les collectivités, les fournisseurs. De fait, leur objet répond à un besoin social ou écologique.

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