Paris n’est pas à vendre : stop à la marchandisation de Gare du Nord !

Paris n’est pas à vendre : stop à la marchandisation de Gare du Nord !

Le rapport de la commission d’enquête relative à la transformation de la Gare du Nord vient d’être rendu public.

Alors que ce projet suscite tant de désapprobation, ce que le rapport rappel avec un euphémisme assez audacieuse (« le projet n’est pas encore pleinement partagé par toutes les parties prenantes habituelles d’une telle opération »), alors que plusieurs milliers de contributions ont été faites à l’enquête publique en provenance de personnes qualifiées (associations, élus, experts, …) ce qui est assez inédit, les enquêteurs délivrent un avis favorable sans sourciller.

Assorti de recommandations qui n’engagent que ceux qui veulent bien y croire et d’une réserve unique englobant l’ensemble des correctifs apportés au projet pendant l’année écoulée mais n’allant pas au-delà, cet avis est un affront à la mobilisation populaire, associative et politique ainsi qu’aux nombreuses tribunes d’experts de l’urbanisme et de l’architecture publiées ces derniers mois demandant le révision générale du projet.

À ce sujet, les rapporteurs écrivent : « A ce stade, l’hypothèse d’une reprise complète du projet nous semble inenvisageable au vu des délais qu’elle nécessiterait. ». Tout est résumé dans cette phrase. Quels sont ces délais ? Par rapport à quoi ? Ont-ils été évalués ? Et quand bien même cela serait le cas, le temps de la démocratie devrait être roi devant celui d’échéances sportives internationales elles-mêmes décriées et combattues !

Qui plus est, les enquêteurs avouent eux-mêmes que les délais permettant de mener le projet à terme avant les Jeux Olympiques et Paralympiques de 2024 ne seront probablement pas tenables. L’hypothèse d’un « non achèvement des travaux avant les JOP » est même stipulée noir sur blanc dans les engagements à prendre par le maitre d’ouvrage ! C’est dire !

Alors à quoi bon s’entêter ? Pourquoi ne pas reprendre le projet de fond en comble comme l’exige associations, riverains et même la municipalité depuis peu !

Parce que ce rapport reflète dans son vocabulaire, sa présentation, ses partis pris, un monde qui n’a pas pris conscience du dérèglement climatique et continu de porter à bout de bras des projets climaticides au mépris de toutes les alertes scientifiques mondiales.

Comment expliquer autrement que les argumentaires sur les augmentations des flux à horizon 2030, la préservation du petit commerce alentour ou bien encore sur la nécessité de donner un « véritable statut international à la Gare du Nord » soient directement repris du maître d’ouvrage ? Comment expliquer que les enquêteurs ne trouvent rien à redire au fait que le projet soit « essentiellement tourné vers les voyageurs des grandes lignes », les riches qui génèrent les bilans carbone les plus nocifs ? Attirer le tourisme international et ne s’intéresser qu’à le satisfaire est anti-écologique et anti-social !

Que dire des formules creuses comme « mettre la Gare du Nord au niveau des grandes gares européennes », argumentation de pure communication de Ceetrus, reprise telle quelle dans le rapport ? Et de l’accord donné à de nombreux partis pris contestables du projet (explosion des m² de surfaces commerciales, montage financier entièrement privatisé) après simple comparaison avec les projets pharaoniques anti-écologiques menés ces dernières décennies sur les autres gares parisiennes ? Ces projets n’ont-ils pourtant pas échoués ? Le simple fait qu’ils aient été menés à terme suffit-il à les considérer comme positifs ? Une évaluation de leurs coûts réels sur les finances publiques, dont la soi-disant sauvegarde est tant vantée par les rapporteurs, a-t-elle jamais été menée ?

Enfin, une autre phrase saute aux yeux à la lecture : « le projet tel qu’il est proposé répond à l’enjeu climatique de notre époque. » De quelle époque ? L’urgence ne semble pas métabolisée par ces décideurs ! A l’heure où les pouvoirs publics anglais refusent au nom de l’accord de Paris l’extension de l’aéroport d’Heathrow, en France, on pense encore que des extensions commerciales titanesques sont compatibles avec une politique écologique responsable…

Non 6000 m² d’espaces verts « en terrasse » ne peuvent être affublés du qualificatif de « poumon vert » ! Non afficher des « mesures de compensation » non détaillées n’est pas à la hauteur de l’urgence climatique. On croit rêver quand le rapport se félicite de l’audace du maître d’ouvrage qui propose, grand prince, de « remplacer des terrains de sport par une surface plantée supplémentaire de 400 m². » 400 m² ! Cerise sur le gâteau, on apprend plus loin qu’en réalité ces terrains resteront « à usage sportif » et que ce n’est que leur « coefficient de végétalisation », terme non défini dans le rapport, qui sera amélioré… dans un permis modificatif remis aux calendes grecques, ce qui n’engage à rien !

En somme une fois n’est pas coutume, les externalités écologiques générées par le projet ne sont pas prises en compte et sa neutralité carbone « sera contractualisée en 2020 », c’est tout. Les impacts environnementaux sont donc non évalués et cette évaluation est repoussée à plus tard.

Ce projet ne peut se faire. Si les pouvoirs publics ne sont pas à la hauteur, c’est aux habitants de devenir les décideurs et de repenser intégralement le projet à travers une conférence citoyenne comme le propose les associations. Décidons Paris continuera de soutenir la mobilisation contre ce projet avant et surtout après les élections municipales. Rien n’est fini, il faut continuer la lutte !

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