Réponse de Décidons Paris aux questions de Greenpeace !

Réponse de Décidons Paris aux questions de Greenpeace !

L’association Greenpeace a sollicité Décidons Paris pour connaître les engagements de notre liste, portée au niveau parisien par Danielle Simonnet et Vikash Dhorasoo, binôme candidat à la Mairie de Paris, sur la sortie des véhicules polluants, et plus largement sur les propositions que nous portons afin de répondre à l’enjeu décisif de lutter contre la pollution de l’air. 

Voici ci-dessous nos réponses à leurs sollicitations.

➢ Vous engagez-vous à poursuivre et soutenir la mise en place de la zone à faibles émissions sur un périmètre géographique ambitieux, en intégrant les différentes catégories de véhicules polluants, notamment les véhicules individuels, et en prévoyant des mesures d’accompagnement social ?

Nous nous engageons à poursuivre la mise en place de la zone à faibles émissions sur le périmètre géographique le plus large possible. Cependant, il est important de développer davantage les mesures sociales pour éviter que cette mesure ait pour conséquence de réduire la capacité des personnes les plus modestes à se déplacer : nous proposons notamment la gratuité pour un an du pass Navigo à toute personne abandonnant une voiture polluante, ou encore de critériser les aides à l’achat de véhicules électriques sur des critères sociaux. Nous voulons également exiger l’interdiction des SUV à Paris, ces véhicules de type 4×4 très polluants, qui représentant actuellement 46% des immatriculations à Paris !

Plus globalement, les leviers les plus pertinents pour agir contre la pollution de l’air nous semblent être de réduire la part de la voiture individuelle dans les déplacements et de réduire les distances domicile-travail. En effet, si l’usage de la voiture individuelle électrique permet de réduire de manière importante les émissions de particules fines et de CO2, il ne fait que déplacer le problème, car il exige d’accroître la production d’électricité, et donc notamment le recours à l’énergie nucléaire. Nous pensons au contraire que la priorité est de repenser l’aménagement du territoire et de favoriser les modes de déplacement alternatifs à la voiture individuelle.

➢ Vous engagez-vous à maintenir l’objectif de sortie complète des véhicules diesel d’ici 2024 et des véhicules essence d’ici 2030 ?

Oui, nous portons cette exigence nécessaire : alors que 2 500 personnes chaque année meurent prématurément à Paris, il est urgent d’agir pour réduire les émissions de gaz à effet de serre et de particules fines. Il est néanmoins nécessaire de soutenir financièrement celles et ceux qui n’ont pas les moyens d’un autre mode de transport.

➢ Au-delà de la mise en place de la ZFE et des restrictions sur les véhicules diesel/essence, vous engagez-vous, et comment, en faveur d’une dépriorisation de la place de la voiture en ville et du développement des alternatives ? Quelles sont vos propositions clés en ce sens ?

L’urgence pour lutter contre la pollution, c’est de réduire la place de la voiture individuelle dans la ville. Pour cela, nous proposons plusieurs leviers et plusieurs niveaux d’action.

Tout d’abord, une des premières causes de la pollution de l’air dans notre région, c’est le million de personnes qui viennent chaque jour travailler à Paris sans avoir les moyens d’y vivre : une des priorités est donc, selon nous, de réduire les distances domicile-travail à l’échelle de la métropole. Aujourd’hui, la réflexion sur la “ville du quart d’heure” suppose souvent la galère de la métropole des deux heures pour toutes celles et tous ceux qui travaillent à Paris, souvent avec des revenus modestes, mais ne peuvent s’y loger. Les femmes de chambre, les infirmier.e.s, les ouvrier.e.s du bâtiment, les enseignant.e.s, les aides à domicile, les caissier.e.s… Si peu de personnes exerçant ces professions ont les moyens d’habiter à Paris ! Nous voulons un droit métropolitain à la ville du quart d’heure. C’est pourquoi nous proposons de réquisitionner les 110 000 logements vides (10% des logements parisiens, et jusqu’à 20% si on inclut les résidences secondaires), d’encadrer les loyers à la baisse et de produire 10 000 logements sociaux par an, en priorisant les logements très sociaux destinés aux catégories populaires, pour permettre à toutes celles et tous ceux qui travaillent à Paris de pouvoir y vivre.

Mais ce million de déplacements quotidiens découle aussi du fait que Paris est excédentaire en emplois : il faut donc rompre avec la logique d’attractivité à tout prix de la capitale, et travailler à l’échelle métropolitaine à relocaliser les emplois dans les communes où il en manque, afin de penser la métropole polycentrique. L’objectif en terme d’aménagement du territoire doit être de rompre avec l’urbanisme par spécialisation des zones (une zone dortoir pour le logement, une zone concentrant les emplois, une zone concentrant les loisirs, etc.), pour penser la mixité des activités (emploi, logement et notamment logements sociaux accessibles aux classes populaires, services publics, commerces de proximité, accès à la culture et aux loisirs, etc.) dans chaque bassin de vie.

Au-delà de cette nécessité de repenser l’aménagement du territoire, nous pensons qu’il est urgent de prioriser tous les modes de déplacements alternatifs à la voiture individuelle. Nous assumons de hiérarchiser les modes de déplacement : il nous semble nécessaire de favoriser et prioriser d’abord la marche, puis le vélo, puis les transports collectifs, afin d’éviter autant que possible l’usage des modes de transport individuels motorisés. Concrètement, cela signifie qu’il est nécessaire d’encourager le report vers d’autres modes de transport que la voiture individuelle (vélo, marche, transports en commun).

Pour ce qui est des piétons, nous renforcerons leur place dans l’espace public en piétonisant des voies dans tous les quartiers, et notamment les quartiers populaires, et non pas seulement le centre touristique de Paris, comme le prévoit Anne Hidalgo. L’espace dédié aux piétons doit être accru partout, et cette piétonisation doit également permettre la végétalisation des voies concernées. Nous préserverons les Berges de Seine piétonnisées, et ouvrirons d’autres promenades, par exemple une coulée verte et bleue allant de la Porte de la Villette à la Seine, ou encore la Bièvre, que nous naturaliserons et ferons ressurgir au plus près de son tracé historique.

Concernant le vélo, les possibilités de report vers ce mode de transports depuis la voiture individuelle sont immenses, d’où l’enjeu d’en faire une priorité politique. En effet, les études montrent que 40 % des déplacements en voiture font moins de 5 km, distance pourtant la plus appropriée pour le vélo : il représente donc une vraie alternative à la voiture. Pour encourager sa pratique, nous partageons entièrement les propositions portées par les associations de cyclistes : mise en place d’un “vélopolitain”, circuit de pistes cyclables  larges, confortables, continues et facilement identifiables, suivant le tracé du métro parisien, généralisation de la limitation à 30km/h pour les voitures, révision du plan de circulation, en concertation et avec la participation des Parisien·ne·s avec création dans les petits axes de petites embûches pour limiter le trafic de transit, actions d’éducation et de sensibilisation, notamment dans les écoles, création de stationnements pour les vélos (pose d’arceaux et développement de vélobox). La délégation de Vélib à l’entreprise privée Smovengo a été une catastrophe : depuis des mois, le service fonctionne très mal, alors qu’une gestion publique municipale aurait permis aux usager·e·s d’en disposer de manière continue. Nous engagerons la rupture du contrat, municipaliserons Vélib et mettrons en place sa gratuité. Une des mesures phares de notre Plan vélo sera d’offrir à chaque Parisien·ne âgé·e de 16 ans un vélo neuf fabriqué en France, issu d’une fabrication par des entreprises de l’économie sociale et solidaire, sur simple demande et après un temps de formation à la pratique et à l’entretien du vélo auprès des associations spécialisées, afin d’habituer les jeunes à utiliser ce moyen de transport. Nous supprimerons également les places de stationnement le long des contresens cyclables, afin de sécuriser la pratique du vélo dans la ville. 

Il est également urgent de développer et renforcer les transports collectifs. Pour cela, nous étendrons la gratuité des transports à Paris, en allant vers la gratuité totale, quitte à ce que la Ville assure son financement faute d’accord au niveau régional. Nous agirons en lien avec Ile-de-France Mobilités pour le développement de transports de proximité, en envisageant de dédoubler les lignes surchargées et de créer de nouvelles stations, en agissant pour l’accessibilité universelle des transports, en travaillant à l’augmentation de la fréquence des bus et des trams dans les quartiers enclavés. Nous nous opposerons à la privatisation planifiée de la RATP.

➢ En complément des points déjà abordés ci-dessus, quelles mesures envisagez-vous de prendre pour atteindre les objectifs transport/qualité de l’air du Plan Climat Air Énergie Territorial 2030, et pour protéger notamment les populations les plus vulnérables ?

Une autre source très importante de pollution, ce sont les camions poids lourds de livraison de marchandises dans la capitale. Pour remédier à cela, nous encouragerons le développement de modes écologiques d’approvisionnement de Paris en denrées alimentaires (transport ferroviaire vers Rungis, transports ferroviaire et fluvial jusqu’à Paris) et développerons la logistique urbaine pour le stockage, en encourageant autant que possible la livraison par modes de transport doux (vélo) ou moins polluants. Nous préserverons l’intégralité du tunnel des artisans, menacé par le projet Bercy-Charenton, alors qu’il est un véritable frigidaire naturel à faible température, et lieu idéal pour le stockage d’aliments avant livraison en vélo ou pour des activités d’artisanat.

Enfin, l’éternel grand oublié des mesures de lutte contre la pollution de l’air, c’est le secteur du bâtiment. Pourtant, le béton représente à lui seul 8% des émissions mondiales de gaz à effet de serre. De plus, parce que le béton requiert de grandes quantités de sables, sa fabrication détruit les littoraux et conduit à l’extinction d’espèces de poissons, notamment en Asie du Sud-Est. Plus près de nous, les rejets de béton dans la Seine de centrales à béton proches de Paris ont démontré le caractère nocif pour l’environnement de ce type de central. Il est donc urgent de sortir du tout béton. C’est pourquoi nous proposons de développer l’éco-construction, en utilisant des matériaux écologiques comme le bois, la terre crue et la paille, qui ont prouvé leur efficacité pour réduire la production de gaz à effet de serre du secteur de la construction : comme le démontre une tribune parue dans le JDD ce dimanche changer nos matériaux et les systèmes constructifs du secteur du BTP permettait d’économiser “90 millions de tonnes équivalent carbone en 10 ans et ainsi diminuer de 20 % les GES de la France”. A Paris, nous souhaitons la fermeture de la centrale à béton Lafarge et des autres centrales, usines ou lieux de stockage de béton situés le long de la Seine : Paris doit s’engager réellement pour sortir du tout béton, et permettre dans le même temps aux promeneurs de se réapproprier la Seine et ses berges. 

➢ Quels moyens financiers envisagez-vous d’allouer à chacune de ces actions (investissements dans le partage de la voirie et la réduction de la voirie consacrée aux véhicules individuels, dans l’offre de transports en commun et leur intermodalité, dans les aides aux populations les plus vulnérables, etc.) ?

Aujourd’hui, la logique de la contractualisation de Macron, appliquée avec zèle par Hidalgo, contraint les finances de Paris et implique de restreindre l’augmentation du budget de fonctionnement et le recours à l’emprunt.

Nous assumons de dire que ces normes sont absurdes et mortifères. Plutôt que de foncer dans le mur par des logiques comptables, nous proposons d’assumer nos responsabilités : nous avons 9 ans pour tout changer. A la prochaine mandature, il sera trop tard pour sauver notre écosystème.

Nous assumons donc de mettre les moyens financiers à la hauteur de l’enjeu. Pour cela, il faut assumer de rompre avec la contractualisation, et au contraire d’investir et d’affirmer qu’il y a de bonnes dettes, celles qui répondent à l’urgence écologique et à l’urgence sociale.

Nous assumons donc de porter le recours à l’emprunt à 1,8 milliards d’euros par an (pour environ 500 millions aujourd’hui), pour financer la transition écologique de notre territoire : rénovation et isolation thermique du parc social, utilisation de matériaux d’éco-construction et rupture avec le tout béton, travaux dans l’espace public pour le piétoniser, le végétaliser, le rendre beaucoup plus sécurisé pour les cyclistes, et enfin travaux pour améliorer la qualité et la réseau de transports collectifs de proximité. 

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