Réponse aux propositions des associations de cyclistes “Vivez Paris, votez vélo” (Paris en selle et Mieux se Déplacer à Bicyclette)

Réponse aux propositions des associations de cyclistes “Vivez Paris, votez vélo” (Paris en selle et Mieux se Déplacer à Bicyclette)

Vos associations ont rendu publique en novembre une plateforme de propositions citoyennes pour un paris cyclable “Vivez Paris, votez vélo”. Nous souhaitons tout d’abord vous remercier pour cette démarche, qui est une contribution très précieuse pour le débat public et pour l’amélioration de la prise en compte du vélo dans notre ville. A ce titre, nous souhaitons souligner que les avancées du plan vélo parisien actuel et les améliorations de la situation sont largement dues à l’action, l’implication permanente et la vigilance des  associations cyclistes comme les vôtres. 

Nous partageons votre préoccupation concernant le développement du vélo pour un Paris cyclable, et nous nous retrouvons entièrement dans vos propositions, que nous nous engageons à mettre en oeuvre.

Les propositions en faveur du vélo que vous présentez aux Parisien.ne.s s’inscrivent dans une cohérence globale que le Plan vélo de la majorité actuelle n’a toujours pas. 

En effet, aujourd’hui, le développement du vélo sur Paris n’est pas à la hauteur des besoins exprimés par les Parisien.ne.s, et de la prise de conscience de l’impératif écologique de réduire la place de la voiture dont témoigne l’augmentation considérable de la pratique du vélo. Hélas, on ne peut donc que constater que malgré cette prise de conscience, Paris n’est pas encore une ville cyclable pour tou.te.s. La lenteur, les retards et le manque de moyens dans la mise en place du Plan Vélo, adopté en 2015 et dont la mise en oeuvre a stagné jusqu’en 2019, a conduit à ce que, d’après les données de l’observatoire du Plan Vélo, mis en place par vos associations, seulement 55% de ce plan sera concrétisé à la fin de la mandature, ou 42% si l’on exclut les infrastructures jugées non satisfaisantes. Il y a encore beaucoup à faire, pour le développement de grands axes cyclables larges et continus, pour une circulation plus sûre également dans les petites rues, pour améliorer la prise en compte du vélo dans les places et les travaux, ou encore pour le stationnement des vélos.

Il faut le dire clairement, et ne pas mentir aux parisiens, le développement des pistes cyclables ne se fera pas sans une remise en cause radicale de la place de la voiture sur Paris, et en déployant en parallèle un Plan Vélo à la hauteur des besoins. Il faut donc transformer le discours volontariste en réalité pratique.

Nous partageons votre constat : même si la circulation automobile a diminué de 45 % entre 1992 et 2017 dans Paris, il est nécessaire de redoubler d’efforts pour faire reculer la place de la voiture dans les déplacements urbains, cela afin de lutter efficacement contre la pollution et de développer les autres modes de déplacements (vélo, marche et transports en communs), de manière à désengorger notre ville et à la rendre plus respirable et plus vivable. Pour encourager les déplacements en transports en commun, nous proposerons d’étendre leur gratuité, en allant vers la gratuité totale, et le développement des lignes saturées (dédoublement) pour des transports de proximité. En parallèle de cela, alors que les études montrent que 40 % des déplacements en voiture font moins de 5 km, distance pourtant la plus appropriée pour le vélo, il est nécessaire et possible d’effectuer un report modal en faveur du vélo.

Pour cela, nous partageons entièrement la proposition que vous portez de réaliser un réseau de pistes cyclables « larges, confortables, continues et facilement identifiables », suivant le tracé du métro parisien, que vous nommez le “Vélopolitain”. 

Pour mettre en oeuvre ce Vélopolitain, nous souhaitons réaménager radicalement la chaussée pour l’adapter aux besoins nouveaux de la société, ce qui passe par la mise en place d’un réseau dense de pistes cyclables sur les grands  axes, installées autant que nécessaire sur la chaussée. 

En dehors des grands axes, il est nécessaire d’aménager le réseau cyclable secondaire pour éviter au maximum tout trafic de transit (voitures, deux roues motorisés, camions). Cette évolution fera l’objet d’un nouveau plan de circulation, en concertation et avec la participation des Parisien.ne.s.

D’ores et déjà, nous proposons que toutes les rues deviennent des doubles sens cyclables sûrs, ce qui suppose de supprimer une grande partie du stationnement de surface, afin de mettre fin au danger pour les cyclistes que constitue le stationnement le long des contresens cyclables, et de ralentir à 30km/h tous les déplacements, partout dans Paris (voir à ce sujet les deux vœux déposés par Danielle Simonnet au Conseil de Paris en juillet 2018, relatifs aux contresens cyclables et à la généralisation de la limitation à 30km/h). Au demeurant, la limitation du stationnement et de la vitesse a respectivement des effets avérés sur l’usage de la voiture et sur la fréquence et la gravité des accidents.

La configuration des immeubles parisiens, en grande majorité de vieux immeubles, ne permet pas toujours l’installation de parking à vélos sécurisés. C’est la raison pour laquelle un programme massif d’installation de box vélos sera mis en place. Il sera accompagné par la pose en nombre suffisant d’arceaux vélos, installés comme vous le préconisez aux abords des passages piétons. Le nombre de stationnement dévolu à la voiture sera réduit d’autant. Ces mesures simples et de bon sens ont vocation à faciliter l’usage du vélo pour un nombre toujours plus grand de Parisien.ne.s. L’intermodalité sera également favorisée, en collaboration avec la RATP et la SNCF, par l’installation de parkings vélos dans toutes les gares parisiennes et dans tous les terminus de métro et de bus. Il sera également nécessaire de penser les rames de RER et métro pour qu’il soit plus facile d’emprunter ces transports avec un vélo.

Par ailleurs, nous envisagerons, après une étude statistique préalable sur les utilisateurs de deux roues motorisés et leurs usages, d’étendre le stationnement payant à l’ensemble des deux roues motorisés dont les dernières études montrent leur forte contribution à la pollution.

En finir avec la pollution urbaine, générée majoritairement par la circulation automobile,  passera aussi par d’autres mesures, et notamment par des mesures visant à changer durablement les mentalités. Ainsi, une des mesures phares d’un Plan Vélo digne de ce nom serait d’offrir à chaque Parisien.ne âgé.e de 16 ans un vélo neuf fabriqué en France, et issu d’une fabrication par des entreprises de l’économie sociale et solidaire, sur simple demande, afin d’habituer les jeunes à utiliser ce moyen de transport. Cette mesure vise à faciliter, sensibiliser et encourager la pratique du vélo chez les jeunes Parisien.ne.s quel que soit le milieu d’où ils et elles sont issu.e.s.

Contrairement à la subvention actuelle accordées à l’achat de vélos électriques qui de fait concerne davantage les jeunes issu.e.s d’un milieu plutôt aisé, cette mesure s’inscrit dans la démarche d’écologie populaire que nous portons.

Elle vise aussi à contribuer à relocaliser la fabrication de vélos en France : en effet, il y à peine 40 ans, la France possédait de nombreuses entreprises fabriquant des cadres de vélos. Depuis la fabrication de vélos a été presque entièrement  délocalisée dans le Sud- Est asiatique.

L’offre de vélo sera accompagnée d’un programme de formation et de sensibilisation au vélo en faveur des jeunes scolarisés dans les écoles Parisiennes, en collaboration avec les ateliers vélos associatifs (Cyclofficine, la Maison  du vélo, etc.). Un financement conséquent sera programmé pour le développement de ces ateliers. 

Enfin, nous agirons pour rétablir un service Vélib fonctionnel : l’entreprise Smovengo ayant maintes fois démontré son incapacité à assurer correctement ce service, nous engagerons la rupture du contrat pour mettre en place une gestion publique, en lien avec les autres communes métropolitaine qui souhaiteront en avoir l’usage. Cela permettra à la fois de développer de manière interne à la Ville les compétences de maintenance et d’entretien du matériel qui nous ont fait défaut depuis plusieurs années, rendant de fait ce service public quasiment inutilisable pour les usagers depuis de nombreux mois, de mettre en place une gestion démocratique impliquant les Parisien.ne.s, afin de répondre à leurs attentes concernant le développement du réseau, et enfin de mettre en place la gratuité de ce service pour les Francilien.ne.s, afin d’encourager résolument son utilisation par toutes et tous.

Tout ceci suppose également des mesures pour impliquer tou.te.s les Parisien.ne.s dans les prises de décision à travers une démarche municipaliste, et de s’assurer par là même que ces transformations de la ville ne produisent pas de la gentrification mais  qu’au contraire elles permettent de rendre le vélo accessible au plus grand nombre, quel que soit le milieu d’origine, et s’inscrivent, à travers notamment ce Plan Vélo, dans une vision large d’intégration métropolitaine des populations dans le cadre du Grand Paris des transports en commun écologiques collectifs et individuels.

Pour résumer, développer les pistes cyclables, les parkings à vélo, les voies cyclables continues et sécurisées sur les grands axes et les double-sens cyclables, municipaliser Vélib et mettre en place sa gratuité, tout en réduisant la place de la voiture aura un impact certain sur le développement du vélo à Paris. Cela nécessite de mettre des moyens importants, et nous nous engageons à ce qu’ils soient à la hauteur de l’enjeu écologique majeur de faire de Paris une ville pleinement cyclable.

Danielle Simonnet et Vikash Dhorasoo, binôme tête de liste de Décidons Paris

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