Réponse à la tribune associative : “Halte au Monopoly à Paris !”

Réponse à la tribune associative : “Halte au Monopoly à Paris !”

Cette tribune “Halte au Monopoly à Paris” (voir  ici) fédère de nombreuses associations parisiennes reconnues pour leur opposition aux multiples projets de bétonisation du foncier public parisien par l’exécutif municipal en place.

Nous nous retrouvons fondamentalement dans cette apostrophe aux candidat.e.s à la Mairie de Paris. Nous vous remercions de cette initiative et y répondons par ce communiqué.

Au cours de la dernière mandature, nous nous sommes opposés vivement et à de nombreuses reprises à ces projets faits sans et contre les habitant.e.s. Conçus dans une optique d’autofinancement et même dans une démission de la pensée urbaine au service des investisseurs privés, poussant toujours plus vers leur densification et la gentrification des programmes, ces projets se réalisent en contradiction avec la nécessaire et urgente adaptation aux changements climatiques et tournent le dos aux aspirations démocratiques des parisiens et aux besoins sociaux des usages de la ville.

Comment dès lors ne pas souscrire à cette judicieuse expression de « Monopoly parisien » utilisé par les auteurs quand on regarde la carte des grands projets d’urbanisme en cours et dont la terrible liste est dressée ?

  • Pour l’implication citoyenne dans les projets d’urbanisme

Les listes Décidons Paris que nous portons, dans une démarche municipaliste, ont un objectif central : permettre aux habitant.e.s de Paris de reprendre le pouvoir de décider de l’avenir de notre ville. C’est pourquoi nous souscrivons pleinement à la proposition que vous présentez de “refondation de la vie démocratique” et notamment de “revoir sur le fond le processus d’élaboration des projets et de construction de la décision publique”. Dans cette perspective, nous portons une mesure centrale : le référendum local d’initiative citoyenne, mesure qui permettrait aux citoyen.ne.s à la fois de s’opposer à un projet ou à une décision politique qui ne remporterait pas l’adhésion majoritaire, ou de proposer des mesures ou avancées nouvelles. Dans le cas des projets d’urbanisme, cette mesure signifierait concrètement un engagement de l’exécutif à soumettre à référendum tout projet qui recueillerait contre lui la signature de 5% des personnes concernées (arrondissement, ville ou région, selon l’ampleur du projet et de ses répercussions). De plus, nous nous engageons à ce que notre futur exécutif soumette à référendum local tout projet d’ampleur qui n’aurait pas été inclus dans ses engagements de mandature au moment de l’élection.  

Pour changer radicalement le processus d’élaboration des projets et rendre aux Parisien.ne.s les clés des projets qui les concernent et touchent leur cadre de vie, nous systématiserons l’implication des habitant.e.s à toutes les étapes du processus de décision et de co-élaboration des projets. Pour cela, nous utiliserons des méthodes d’éducation populaire, et investirons de manière importante dans des moyens humains et matériels afin de faire connaître aux habitant.e.s bien en amont les projets envisagés, et de favoriser leur implication et leur pouvoir de décision dans la co-élaboration des projets. Nous renforcerons également la place des associations et leur implication systématique à toutes les étapes de la mise en place d’un projet d’urbanisme. Pour ce faire, la ville doit renforcer son administration au service de la redéfinition d’une stratégie urbaine aujourd’hui démissionnaire au profit des investisseurs privés. Elle doit privilégier les études sacrifiées au profit des la communication. 

Partisan d’une campagne populaire et citoyenne, le groupe thématique urbanisme s’engage pleinement à travailler au service des Parisien.ne.s et à inventer avec elles et eux l’urbanisme de Paris pour les décennies à venir. En mettant nos compétences en matière d’urbanisme, d’économie de l’immobilier, d’architecture et de patrimoine à disposition des citoyens lors d’ateliers programmatiques tout au long de la campagne et au-delà, nous écrirons notre urbanisme et le leur, pas celui des « grands lobbys financiers, publicitaires, commerciaux ou de l’industrie du numérique »

Nous nous opposons également à la tenue des Jeux Olympiques en 2024 à Paris : Parce que leur obtention a entraîné une accélération voire une explosion des cadres de concertations connus et investis par les associations et les riverains des projets ; Parce que le calendrier tendu qui en découle est en contradiction avec la nécessaire prise en compte du temps long de la réflexion et de la prise de décision démocratique ; Parce que les moyens financiers liés à ces Jeux Olympiques opacifient les décisions et priorisent des équipements dont l’utilité et la pérennité post-JO n’est pas garantie ; Enfin parce que les nécessaires discussions et décisions avec les communes limitrophes et EPT voisins ne sauraient avoir pour seul horizon les Jeux Olympiques, nous nous engageons à renforcer le contrôle citoyen sur les conventions de coopération passées entre la Ville de Paris et les acteurs institutionnels de la Seine-Saint-Denis et à permettre la participation citoyenne dans leurs organes décisionnaires.

Jamais les Francilien.ne.s n’ont été consulté.e.s sur ce projet qui est pourtant décisif pour l’avenir de notre région. Pour toutes ces raisons, nous proposerons un référendum aux Francilien.ne.s pour qu’ils et elles se prononcent sur la tenue ou non de ces Jeux Olympiques 2024. À l’image de ce qu’avait fait la ville de Denver en 1972, annulant 4 ans avant leur tenue les Jeux olympiques qui devaient initialement avoir lieu en 1976.

Dans la même perspective de permettre aux habitant.e.s de Paris de reprendre le pouvoir de décider de l’avenir de notre ville, tout en s’appuyant sur l’expertise des services municipaux, nous organiserons d’autres référendums pour tirer le bilan des modifications successives du PLU (et notamment celle générale de 2016) ainsi que des opérations d’aménagements en cours à Paris. Nous partageons avec les signataires de la tribune l’urgence d’un « moratoire sur les grands projets emblématiques, immobiliers et urbains qui tournent le dos aux défis environnementaux et climatiques : Tour Triangle, Tour Montparnasse et son quartier, Projet nouvel R – Inventer Bruneseau, future ZAC Bercy Charenton, transformation des gares en centres commerciaux dont notamment la Gare du Nord, opérations “Ville Multi-strates” et “Mille arbres” à l’ouest de Paris. ». Ces projets spéculatifs et anti-écologiques, auxquels nous nous sommes depuis longtemps opposés par la voix de Danielle Simonnet, élue au Conseil de Paris, lors de la mandature qui s’achève, doivent en effet être suspendus et annulés : pour répondre à l’urgence écologique, un changement de cap résolu est urgent. Il n’est pas trop tard.

Pour poursuivre dans cette voie, nous faisons nôtre la proposition des auteurs de la tribune d’étendre le processus d’évaluation et de suivi dans la durée des grandes politiques mises en œuvre à l’ensemble des politiques municipales consubstantielles des politiques urbaines (« climat et santé, mobilité et espace public, Seine et canaux, biodiversité et nature, vie associative et démocratie locale, accès aux services publics et à la culture…. »). À ce titre, nous considérons que ces « commissions extra-municipales » devront se décliner à l’échelle des arrondissements voire des quartiers de la Ville en donnant par exemple un nouveau statut et une nouvelle importance aux conseils de quartiers.

  • Refuser l’hyperdensification de la ville et étendre la pleine terre

Cette méthode de travail par l’implication citoyenne sera déployée pour rédiger la nécessaire révision générale du PLU que nous engagerons en début de mandature. Celle-ci aura, entre autre, comme boussole l’extension massive des surfaces d’espaces verts de pleine terre dans ce qu’il reste de foncier parisien mutable à rebours de la densification irraisonnée menée pendant la mandature qui s’achève.

Le bilan écologique des tours prévues ou en construction à Paris est négatif en terme de consommation énergétique comme d’impact paysager : nous nous engageons à rétablir les limites de hauteur dans le PLU qui ont prévalu jusqu’à la fin des années 2000 (25 m en centre-ville et 37 m dans les arrondissements extérieurs) et nous réaffirmons notre volonté de limiter la constructibilité des tours dans le Plan d’Aménagement et de Développement Durable du PLU. Si la densité est bien évidemment ce qui fait l’urbanité de Paris, elle peut se concevoir autrement que par des bâtiments toujours plus hauts. Ces projets-spectacle servent des objectifs de marketing urbain, sans lien avec les besoins des habitants, il faut les stopper !

Nous souhaitons, comme vous le proposez, sanctuariser tous les jardins en pleine terre, publics et privés, des espaces libres et de nature existants (cœur d’îlots, ceinture verte, réservoirs d’eau, talus plantés du boulevard périphérique, jardin de la cité universitaire, etc….) ainsi que les corridors de biodiversité et des bords de Seine. Alors que la capitale compte à peine 5m² d’espaces verts par habitant (hors bois de Vincennes et bois de Boulogne), il est urgent non seulement de préserver les espaces verts en pleine terre existants, mais d’en penser de nouveaux, notamment dans les quartiers populaires très denses et lieux des principaux îlots de chaleur au cours des canicules. Aucun grand parc n’a été créé à Paris depuis le Parc André Citroën en 1986. Pour faire respirer la ville, nous créerons une trame bleue exclusivement piétonne et cyclable du canal Saint-Martin de la Villette à la Seine et nous envisageons de découvrir la Bièvre pour que cette rivière retrouve la vie à Paris. Nous sanctuariserons les arbres, les friches et créerons des rues vertes piétonnes et cyclables pour constituer un réseau reliant les espaces verts de Paris. Nous approuvons votre objectif d’un plan ambitieux 2020-2045 de création de nouveaux espaces verts publics dans Paris de 140 hectares, soit de même ampleur qu’entre 1980 et 2005. 

Pour répondre à l’urgence écologique, nous pensons qu’il faut imaginer la métropole polycentrique : aux logiques d’attractivité, de concurrence et de spécialisation des territoires, qui encouragent la spéculation, nous préférons les logiques de coopération. Très concrètement, 1 million de Francilien.ne.s viennent chaque jour travailler à Paris sans avoir les moyens d’y vivre. C’est une aberration écologique autant que sociale. Il faut penser le Grand Paris dans une tout autre logique : favoriser le logement de toutes et tous, et notamment des classes populaires et moyennes dans Paris ; ne pas chercher à concentrer tous les emplois et l’attractivité dans la capitale ; préserver les terres agricoles autour de Paris pour encourager une production locale, saine, bio et en circuit court.

  • “Paris n’est pas à vendre”

Nous rejoignons entièrement votre analyse quant à la main basse faite par les intérêts privés (fonds d’investissement, promoteurs, mais aussi enseignes de grande distribution ou « marques » de grandes entreprises) sur notre ville, et la nécessité de s’y opposer : ainsi, Danielle Simonnet a réalisé un spectacle “Paris vendu” qui décrit et analyse l’ampleur prise par ce phénomène au cours de la mandature actuelle et des précédentes.

Nous partageons également vos analyses quant aux procédures “Réinventer Paris”, “Réinventer la métropole”, etc., qui ont pour conséquence un “urbanisme dérogatoire” et “une maîtrise d’ouvrage publique aux mains des développeurs et investisseurs”. De plus, elles sont souvent un prétexte pour céder à des opérateurs privés le foncier, décidé dans un entre soi opaque, alors qu’il serait bien plus opportun de partir des besoins, et de procéder à des opérations en conservant une maîtrise d’ouvrage publique et une propriété publique du foncier et du bâti, en fonction de l’intérêt général et non d’intérêts particuliers. Cette démission de la pensée urbaine de la Ville de Paris doit cesser. 

Nous souscrivons à vos propositions contre la hausse des valeurs foncières et mobilières, pour le maintien des classes populaires et “moyennes” à Paris : ainsi, nous avons lancé une grande campagne de votation pour que la Mairie de Paris obtienne la compétence de fixer les loyers de références, afin de mettre en place un encadrement à la baisse des loyers, ainsi que la compétence de réquisitionner les logements vacants. Nous souhaitons également développer l’Office de Foncier Solidaire, qui permet de dissocier le foncier du bâti, qui constitue une piste très intéressante pour lutter contre la spéculation par l’instauration dans les contrats de clauses ambitieuses de maîtrise des loyers et des usages. Bien évidemment, nous nous engageons à ne pas céder de logement social, et au contraire à étendre le parc social, en axant particulièrement sur le développement des PLAI et des PLUS, catégories de logements sociaux réservées aux plus modestes et qui sont en nombre très insuffisants (90% des demandeurs sont éligibles aux catégories PLAI et PLUS, mais ces catégories ne constituent que 70% des logements créés). Nous reprenons par là une demande exprimée par les associations de défense du droit au logement comme la Fondation Abbé Pierre et le DAL. 

Pour conclure, nous partageons votre analyse sur l’emprise croissante des lobbies et des intérêts privés dans les processus de décision dans notre ville, sur l’enjeu décisif d’apporter une réponse à la hauteur de l’urgence écologique. Sur la nécessité d’un changement de cap dans la manière dont est pensée notre ville, sa relation avec les autres communes du “Grand Paris”, son avenir. Au Paris à vendre, nous opposons le Paris à vivre et à respirer ; à l’emprise des lobbies, nous opposons le contrôle citoyen et la solidarité. Au Paris attractif et concurrentiel, nous défendons le Paris solidaire et écologique, engagé dans les coopérations de territoires. 

Le Groupe Urbanisme de Décidons Paris,

Danielle Simonnet, conseillère de Paris, et Vikash Dhorasoo, ex-footballeur international,
Binôme de candidat.e.s Décidons Paris à la Mairie de Paris

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